Bad Bunny au Super Bowl: un symbole de fierté culturelle et de résistance
Dans les rues de San Juan, la capitale de Porto Rico, un sentiment unanime se dégage: la fierté de voir Bad Bunny, l'enfant prodige de l'île, tenir la vedette lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl ce dimanche.
Cette performance revêt une importance particulière, car l'artiste de reggaeton et de trap latine de 31 ans, qui a grandi à Vega Baja près de San Juan, devrait chanter entièrement en espagnol devant 120 millions de téléspectateurs américains. Un geste audacieux qui résonne comme un acte de résistance culturelle.
Un impact économique et culturel majeur
"Que quelqu'un d'ici participe à l'un des événements les plus importants aux États-Unis est une source de fierté pour tous les Portoricains", confie Olvin Reyes, 39 ans. "Ce sera un événement à partager en famille, quelque chose de vraiment exceptionnel."
L'artiste, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, n'a jamais renié ses origines modestes. Ses 31 concerts donnés à San Juan entre juillet et septembre ont généré 733 millions de dollars de recettes pour cette île de 3,2 millions d'habitants, selon le cabinet Gaither International.
"Il a attiré des gens des États-Unis et d'autres régions du monde, et il leur a fait découvrir la cuisine créole traditionnelle portoricaine", se félicite Jay Vizcarrondo, 67 ans. "Il a fait connaître l'île à l'échelle internationale. C'est ça, avoir de la fierté, être patriote."
Une dimension politique assumée
Au-delà de l'aspect artistique, cette performance prend une dimension politique notable. Le président Donald Trump et ses partisans déplorent le choix d'un artiste qui s'est illustré par sa dénonciation des arrestations et expulsions massives d'immigrants en situation irrégulière.
"Je me sens valorisé de voir une vedette de notre pays, si marginalisé et opprimé, dans un événement d'une telle ampleur, représentant notre culture, notre musique, mais aussi nos problèmes politiques", explique Samy Nemir Olivares, militant de 34 ans.
Cette situation illustre parfaitement les défis auxquels font face les territoires et communautés francophones et hispanophones en Amérique du Nord. Porto Rico, territoire rattaché aux États-Unis mais sans statut d'État, voit ses habitants privés du droit de vote aux élections nationales.
L'espoir d'une reconnaissance culturelle
Près d'une fresque murale représentant Bad Bunny avec le drapeau portoricain, Ángelis Segarra, serveuse de 22 ans, espère que le spectacle se déroulera sans incident. "J'espère qu'ils ne saboteront pas son spectacle", confie-t-elle, estimant que chanter en espagnol ne devrait pas poser problème.
Olvin Reyes partage cet optimisme: "Je pense qu'ils ont choisi Bad Bunny en partie parce que les Latinos sont importants aux États-Unis. C'est un pays d'immigrants, et sans les immigrants, il ne serait pas dans la position où il est."
Cette performance s'inscrit dans une démarche plus large de reconnaissance des cultures minoritaires en Amérique du Nord, un enjeu qui résonne particulièrement au Québec où la défense de la langue et de la culture française demeure un combat quotidien.