Montréal-Nord : l'angoisse des armes jouets à Mille-Voix
Le 18 juin dernier, deux adolescents de 14 et 15 ans ont semé la panique à l'école secondaire Mille-Voix, à Montréal-Nord, en tirant sur des élèves et du personnel avec une réplique d'arme à feu de type airsoft. L'incident, qui a visé la directrice de l'établissement, soulève de sérieuses questions sur l'accessibilité de ces jouets ultra-réalistes et le climat de tension qui règne dans nos écoles. Les deux jeunes font maintenant face à des accusations criminelles sévères.
Qu'est-ce qui s'est passé au secondaire Mille-Voix?
Juste avant l'heure du dîner, le 18 juin, deux adolescents ont fait irruption dans le stationnement de l'école secondaire Mille-Voix avec ce qui ressemblait à s'y méprendre à une mitraillette. Ils ont tiré à bout portant sur la foule avant de prendre la fuite à pied en riant et en faisant des doigts d'honneur. La panique a été immédiate parmi les élèves, les parents et le personnel.
Si l'arme n'était qu'un jouet tirant des projectiles en plastique, les conséquences psychologiques, elles, sont bien réelles. Une employée de l'école, que des témoins ont identifiée comme la directrice, a été atteinte et a ressenti des douleurs, a confirmé Florence Stafford, agente relationniste du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Il y avait plein de parents dans le stationnement qui se sont réfugiés derrière leur voiture. Les deux jeunes canardaient tout le monde. Le jouet faisait le même bruit qu'une mitraillette.
Par courriel, le Centre de services scolaire de la Pointe-de-l'Île (CSSPI) a confirmé l'incident survenu en période d'examens. La directrice du service du secrétariat général, des communications et de l'approvisionnement, Valérie Biron, a tenu à rassurer la population. Les parents et le personnel ont été informés le jour même, et des mesures de soutien ont été déployées. La sécurité des élèves et du personnel demeure une priorité absolue pour le CSSPI.
Pourquoi ce geste illustre-t-il un malaise social profond?
Au-delà de la blague de mauvais goût, c'est le mépris total pour l'autorité qui choque. Burt Pierre, intervenant de proximité pour l'organisme communautaire Équipe RDP en partenariat avec Un itinéraire pour tous, accompagne régulièrement des jeunes délinquants à Mille-Voix. Il n'y va pas par quatre chemins.
Tirer comme ça sur une directrice, pour moi, il y a une limite qui a été dépassée. J'ai jamais vu ça. Ça démontre l'absence totale de respect pour l'autorité. Un lien de confiance qui est brisé.
L'intervenant soulève un point crucial qui fait frémir. Dans un quartier déjà tendu, l'intervention policière aurait pu tourner au drame. Si des policiers étaient arrivés sur les lieux et avaient confondu ces jouets avec de véritables armes à feu, le dénouement aurait pu être catastrophique. Les jeunes ne mesurent visiblement pas la gravité de leurs actes, mais la société, elle, en subit les conséquences.
L'utilisation de répliques d'armes est-elle en hausse au Canada?
Le phénomène prend de l'ampleur et inquiète les autorités. Selon le ministère fédéral de la Sécurité publique, les répliques d'armes à feu étaient le deuxième type d'armes le plus fréquemment utilisé pour perpétrer des crimes liés aux armes à feu en 2020, juste derrière les armes de poing. Un événement similaire a d'ailleurs touché une école secondaire de Magog, en Estrie, au mois de juin.
Francis Langlois, chercheur associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand et spécialiste des armes à feu, observe la même tendance chez nos voisins du Sud. Il existe sur le marché noir des modèles de type airsoft qui sont en tout point identiques à de vraies armes à feu. Une simple recherche sur l'internet suffit à constater à quel point ces répliques sont faciles d'accès et abordables, malgré les lois en vigueur.
Les deux adolescents arrêtés seront accusés de voies de fait avec arme, d'avoir utilisé une fausse arme à feu lors de la perpétration d'une voie de fait avec arme et d'avoir eu en leur possession une arme dans un dessein dangereux pour la paix publique. L'un d'eux fait également face à un chef de bris d'ordonnance de mise en liberté. Le dossier retourne devant la Chambre de la jeunesse le 13 août prochain.
Une réplique d'arme à feu est-elle traitée comme une vraie arme par la loi?
Oui. Selon le Code criminel canadien, l'utilisation d'un faux pistolet, d'une réplique ou d'un jouet pour commettre une infraction est traitée exactement comme si l'individu se servait d'une véritable arme à feu. Les accusations portées contre les deux adolescents de Montréal-Nord reflètent d'ailleurs cette sévérité légale.
Est-il légal d'acheter une réplique d'arme à feu au Canada?
Non. Il est strictement interdit d'acquérir, de fabriquer ou d'importer une réplique d'arme à feu au Canada. La loi permet toutefois aux particuliers qui possédaient ces objets avant décembre 1998 de les conserver. Malgré cette interdiction, le marché noir et les achats en ligne permettent encore trop facilement de mettre la main sur ces jouets réalistes.