L'Espace Riopelle s'ouvre enfin à Québec : un automne sous le signe de l'art
La rentrée culturelle s'annonce exceptionnelle au Québec. La grande nouvelle, c'est l'ouverture tant attendue de l'Espace Riopelle, pavillon Michael Audain, au Musée national des beaux-arts du Québec, dès le 21 octobre. Mais ce serait une erreur de croire que les autres institutions restent les deux pieds dans les plats. Voici un tour d'horizon des expositions qui vont marquer la saison.
L'Espace Riopelle : une expérience sensorielle unique
C'est l'événement de l'année dans le monde des arts visuels au Québec. Le nouveau pavillon, avec sa muséographie moderne pensée pour les visiteurs, promet une immersion totale dans l'œuvre de Jean Paul Riopelle. On pourra notamment y vivre une expérience olfactive inédite, imaginée par le sommelier François Chartier, qui a travaillé sur les odeurs entourant la création de L'hommage à Rosa Luxemburg. Cette fresque monumentale de 40 mètres sera présentée dans un espace circulaire, une première.
L'inauguration officielle aura lieu le 21 octobre, suivie de quatre jours de programmation spéciale, du 22 au 25 octobre, consacrés à la vie et à l'œuvre de ce géant de la peinture québécoise. Un rendez-vous incontournable pour les amateurs d'art, mais aussi pour tous ceux et celles qui veulent comprendre ce qui fait notre identité culturelle.
Chiharu Shiota au MBAM : quand l'art nous enveloppe
Le Musée des beaux-arts de Montréal nous invite à pénétrer littéralement dans l'univers de l'artiste japonaise Chiharu Shiota. Ses installations monumentales, souvent tissées de fils, créent des atmosphères à la fois enveloppantes et troublantes. Certaines œuvres peuvent évoquer des émotions moins paisibles, plus sombres, mais toujours avec une beauté saisissante.
Une partie des créations présentées à Montréal sera tissée à la main, sur place, par l'équipe de l'artiste, qui vit et travaille à Berlin, mais aussi par des artistes locaux, notamment des étudiants de l'Université Concordia. Une belle occasion de voir l'art se faire sous nos yeux. L'exposition Les frémissements de l'âme sera présentée du 28 septembre au 14 février 2027.
Carrie Allison au McCord-Stewart : décoloniser le regard
Le Musée McCord-Stewart, rue Sherbrooke Ouest, participe à la Biennale d'art contemporain autochtone avec une exposition de l'artiste canadienne Carrie Allison. Cette dernière pratique et sublime le perlage, un art traditionnel qu'elle détourne pour contester les idées reçues héritées du colonialisme.
Son travail, sensible et intelligent, aborde des enjeux importants, comme le concept de la pelouse bien verte et bien taillée, symbole d'un certain ordre imposé. À Montréal, elle présentera askōhtēskanohwē, une œuvre inspirée des collections du musée, qui explore les notions de lieux et de parenté. Une exposition prometteuse, à voir du 30 septembre au 28 février 2027.
Molinari en 68 : la rébellion comme œuvre d'art
En 1968, Guido Molinari et Ulysse Comtois exposent au pavillon canadien de la Biennale de Venise. Une année charnière, marquée par les mouvements de contestation qui secouent le monde entier. L'événement artistique n'est pas épargné, avec des appels au boycottage et des affrontements sur place.
L'artiste d'origine autrichienne Klaus Scherübel, qui vit et travaille à Montréal, propose une installation immersive dans laquelle il reproduit un mur du pavillon canadien dans la grande salle de la Fondation Guido Molinari. « On pourra physiquement expérimenter la rébellion de 68 », explique Marie-Ève Beaupré, directrice générale et artistique de la Fondation, qui a mené des recherches approfondies sur le sujet. Cette Biennale, intitulée La Biennale de la contestation, sera présentée du 8 octobre au 20 décembre. Une occasion de rappeler que la Biennale de Venise a été un tremplin pour la carrière de Molinari.
Le Musée d'art de Joliette lève le voile sur ses collections
« Comment une œuvre se retrouve-t-elle dans un musée ? Et pourquoi ? » Ces questions, posées par Ariane de Blois, conservatrice des collections et des expositions au Musée d'art de Joliette, sont au cœur d'une exposition qui veut lever le voile sur un aspect méconnu du monde muséal. Faire collection : les récits derrière l'histoire regroupe des œuvres de toutes les époques, acquises de différentes façons par le musée de Lanaudière, qui célèbre cette année son 50e anniversaire.
« Le père Corbeil, qui est à l'origine du musée, était très avant-gardiste », souligne Ariane de Blois, rappelant que le religieux exposait des œuvres des artistes de Refus global, qui n'étaient pourtant pas tendres avec l'Église. Une belle preuve que l'art peut transcender les institutions, même les plus établies.
Un automne riche en découvertes artistiques
Que vous soyez à Québec ou à Montréal, cet automne s'annonce comme une saison culturelle exceptionnelle. De l'Espace Riopelle aux installations de Chiharu Shiota, en passant par les perles de Carrie Allison et la rébellion de Molinari, il y en aura pour tous les goûts. Et n'oublions pas le Musée d'art de Joliette, qui nous rappelle que l'art, c'est aussi une histoire de transmission et de passion. Bonne rentrée culturelle à toutes et à tous !