Japon: 4000 citoyens tirent un château de 400 tonnes à la corde
À Hirosaki, dans le nord du Japon, des centaines de personnes ont entrepris mercredi de déplacer un bâtiment de 400 tonnes du château local pour le ramener à sa position initiale après plusieurs années de travaux. Depuis samedi dernier, environ 4000 personnes ont participé à cet exercice de tir à la corde, une opération spectaculaire qui allie tradition et ingénierie.
Un monument historique déplacé sans être démonté
L'imposante structure de bois de trois étages, tour principale du monument historique classé par le gouvernement nippon, avait été déplacée en 2015 de 80 mètres pour permettre de réparer le soutènement de pierre de l'édifice, qui menaçait de s'effondrer. Les ingénieurs avaient alors choisi de déplacer le monument sans le démonter, le hissant d'une seule pièce sur des rails métalliques vers une esplanade temporaire, tandis que les fondations de la forteresse étaient minutieusement reconstruites.
Une mobilisation citoyenne impressionnante
Depuis samedi dernier, des groupes d'environ 80 personnes se relaient pour faire progresser la tour de quelques précieux centimètres à la fois. Les responsables locaux estiment qu'environ 4000 personnes en tout ont participé à cet exercice de tir à la corde, permettant une avancée de près de cinq mètres.
« C'est comme si on essayait de déplacer une montagne », sourit Takahiro Kogawa, un habitant d'Hirosaki de 56 ans interrogé par l'AFP, le front encore perlant de sueur après ses quelques minutes d'effort intense.
Azusa Nimiya, une passionnée d'histoire et de châteaux de 46 ans, avait fait le déplacement depuis Shimane, quasiment à l'autre extrémité de l'île principale du Japon, pour apporter sa pierre à cette glorieuse entreprise. « C'est l'expérience d'une vie, un souvenir précieux et unique », se réjouit-elle.
Faire l'expérience de l'histoire physiquement
En ouvrant le projet au public, « nous souhaitions que tout le monde puisse faire l'expérience de l'histoire physiquement. [...] C'est extrêmement significatif pour transmettre l'histoire de Hirosaki aux générations futures », estime Kensuke Hayasaka, le responsable du projet de restauration.
La tour avait été détruite par la foudre au 17e siècle, et reconstruite au début du 19e. Mais quelques décennies plus tard, les fondations en pierre menaçaient de s'effondrer, obligeant à déplacer la tour une première fois, celle-ci ayant retrouvé sa position en 1915.
Cette opération de traction humaine de grande envergure, baptisée hikiya, « est une technique traditionnelle de déplacement de structures existant au Japon depuis l'Antiquité », explique M. Hayasaka.
« Notre objectif est de transmettre ce patrimoine unique, tout en veillant à sceller la tour principale sur son socle avant l'arrivée des premières neiges », abondantes en hiver dans cette région septentrionale.
« Voir que toutes ces discussions et les méthodes imaginées par nos prédécesseurs et nos équipes se concrétisent enfin cette année est extrêmement émouvant. On ressent un profond sentiment d'accomplissement », ajoute-t-il.
Un octogénaire au cœur du projet
Parmi les tireurs déployant le plus d'ardeur, Katsumi Terada, 82 ans, deux drapeaux japonais glissés dans le bandeau autour de sa tête, raconte avoir déjà participé aux efforts de traction de l'édifice il y a 11 ans.
« Je me demandais alors avec un peu d'anxiété si je serais encore de ce monde pour le voir retourner sur sa base. Mais regardez, j'ai tenu bon, je suis bien vivant et en pleine forme. »
La municipalité déploiera en septembre de lourds engins pour terminer le trajet, visant une installation définitive en novembre. Après des restaurations complémentaires de la toiture en cuivre et des façades, la réouverture complète au public de ce chef-d'œuvre de l'époque d'Edo (1603-1868) est programmée pour 2033.