L’éducation dans le monde sacrifiée sur l’autel des dépenses militaires
On le savait déjà, mais l’UNESCO vient de le confirmer avec des chiffres qui donnent à réfléchir : en 37 heures à peine, les dépenses militaires mondiales engloutissent ce que l’aide internationale consacre à l’éducation pendant une année entière. Un constat qui, chez nous au Québec, devrait nous interpeller, alors que nos gouvernements, à Ottawa comme ailleurs, semblent avoir oublié que l’éducation est le plus bel investissement pour l’avenir.
Dans un rapport publié à la mi-juillet, l’organisation onusienne tire la sonnette d’alarme. Les coupes dans l’aide à l’éducation, qui devaient atteindre 25 % d’ici 2027, pourraient en fait grimper à 30 %. La faute à des « pressions budgétaires » dans les pays riches et à un contexte géopolitique qui pousse à la remilitarisation. Pendant ce temps, les membres de l’OTAN, dont le Canada fait partie, se lancent dans une course aux armements qui n’a rien à envier à la guerre froide.
Le Canada, bon élève… ou pas?
Notre premier ministre, Mark Carney, a sorti le chéquier pour acheter du matériel militaire, promettant même d’atteindre la cible de 5 % du PIB fixée par l’OTAN en 2025. Mais dans le même souffle, les libéraux ont sabré l’aide internationale de 38 %. Ce n’est pas aussi brutal que le démantèlement de l’USAID par les États-Unis (57 %), mais c’est un coup dur pour les pays qui dépendent de notre générosité.
Le Canada fait partie des 15 plus grands donateurs en éducation, mais quand on retire une partie de ses billes, l’impact est « catastrophique », nous prévient Yuki Murakami, chercheuse à l’UNESCO. Surtout que d’autres pays, comme l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni, emboîtent le pas. Au Royaume-Uni, la décision de réduire la part du PIB consacrée à l’aide de 0,5 % à 0,3 % a même provoqué la démission d’une ministre.
L’éducation, parent pauvre des pays en développement
Le problème est encore plus criant dans les pays les plus pauvres. L’UNESCO rappelle que, dans 113 pays où vivent 6,1 milliards de personnes, les remboursements de dette sont près de quatre fois supérieurs aux dépenses d’éducation. Dans 18 pays « fortement endettés », l’écart dépasse même un facteur cinq. « C’est l’un des secteurs les plus souvent négligés parce que les bénéfices ne sont pas tangibles », insiste Yuki Murakami.
Pourtant, l’éducation reste « l’investissement le plus rentable à long terme pour le développement économique et humain d’un pays, et pour assurer sa sécurité ». Les pays les plus vulnérables, comme l’Afghanistan, le Mali ou le Niger, sont aussi ceux qui écopent le plus. Un cercle vicieux qui nous rappelle que, sans éducation, il n’y a pas de paix durable.
FAQ : Comprendre l’enjeu
Pourquoi l’aide à l’éducation est-elle en baisse?
Les pays riches, dont le Canada, réduisent leur aide sous prétexte de pressions budgétaires et de priorités militaires accrues, notamment dans le cadre de l’OTAN.
Quel est l’impact de ces coupes?
Les pays pauvres, déjà étranglés par leur dette, voient leurs systèmes éducatifs s’effondrer, ce qui compromet leur développement à long terme.
Le Canada fait-il mieux que les autres?
Le Canada consacre 0,32 % de son PIB à l’aide, loin de la cible de 0,7 % fixée par l’ONU, mais mieux que les États-Unis (0,09 %).