Le jour de la marmotte politique québécoise
Fred la marmotte de Val-d'Espoir en Gaspésie nous a annoncé un printemps hâtif cette semaine, n'ayant pas aperçu son ombre le 2 février. Mais au-delà de cette tradition folklorique, l'expression « jour de la marmotte » prend tout son sens quand on observe la répétition lassante de certains débats politiques au Québec.
Le troisième lien : un tunnel sans fin
Comme dans le célèbre film avec Bill Murray, nous voilà condamnés à revivre encore et encore le même scénario. Cette semaine, c'est Bernard Drainville, candidat à la chefferie de la CAQ, qui a relancé le débat sur le troisième lien en mettant sa rivale Christine Fréchette au pied du mur.
Tel une marmotte obsédée par l'idée de creuser des tunnels, la CAQ s'entête à défendre ce projet malgré l'avis contraire des experts. François Legault a même déclaré mercredi : « On est tous pour le troisième lien, incluant les deux candidats », rabrouant cavalièrement Mme Fréchette.
Cette patate chaude illustre parfaitement les dérives électoralistes d'un gouvernement qui a d'abord annoncé le projet en grande pompe, l'a ensuite annulé, puis ressuscité au détriment de sa propre crédibilité. L'expression de la ministre Geneviève Guilbault, questionnée sur le sujet dans les couloirs de l'Assemblée nationale, était éloquente.
Féminicides : une tragédie qui se répète
Mais l'expression prend un sens autrement plus tragique quand on évoque la répétition incessante des féminicides présumés. Lundi, deux corps ont été découverts à Brossard : un homme a tué sa conjointe avant de se donner la mort. Ce serait le sixième féminicide en cinq semaines seulement.
Le scénario se répète avec une régularité glaçante : des hommes ayant déjà un dossier, ayant fait l'objet de plaintes, exerçant un contrôle sur leur conjointe. Pourtant, ce nombre effarant ne semble pas émouvoir outre mesure nos politiciens québécois.
À l'exception de Québec solidaire, qui a proposé trois mesures concrètes, le sujet brille par son absence des débats politiques. On parle davantage d'accès à la propriété que de violence conjugale, comme si le privilège d'acheter une maison était plus important que d'assurer la sécurité des femmes.
Des refuges débordés, des fonds insuffisants
Les chiffres sont pourtant accablants : sept refuges ont dû refuser 41 000 demandes d'hébergement de femmes sans-abri en 2025 seulement. Où sont les engagements concrets ? Les annonces de financement pour les maisons d'hébergement qui manquent cruellement de ressources ?
Quand on repense aux 270 millions de dollars perdus dans l'aventure Northvolt, qualifiés de « bel échec » par l'ex-ministre Pierre Fitzgibbon, on se dit que le dixième de cette somme accordé aux organismes communautaires ferait des miracles plutôt que des échecs.
Des scandales qui se répètent à l'international
Le jour de la marmotte s'étend malheureusement au-delà de nos frontières. La publication des documents sur Jeffrey Epstein révèle encore une fois le même schéma écœurant : de l'argent, des hommes de pouvoir, des faveurs, et au bout du compte, des femmes agressées sexuellement.
Cette affaire résonne douloureusement avec l'horreur découverte en France, où un enfant de 5 ans a été violé sous soumission chimique par 10 hommes, dont son propre père. Ces révélations surviennent à quelques jours de la sortie du livre-témoignage de Gisèle Pelicot, prévu le 17 février.
Face à ces répétitions tragiques, il devient urgent de briser le cycle du jour de la marmotte politique et social. Le Québec mérite mieux que des débats stériles sur des projets d'infrastructure controversés quand des vies humaines sont en jeu.