Immigration et soccer : quand le CF Montréal devient un outil d'intégration
Au stade Saputo, jeudi dernier, ce n'était pas seulement un match de soccer qui se jouait. C'était une leçon d'appartenance, un pas de plus vers l'intégration pour des dizaines de familles immigrantes fraîchement arrivées au Québec. Sous les gradins qui vibrent et les cris des enfants, le CF Montréal a offert bien plus qu'un match nul contre le Toronto FC : il a offert un morceau de Montréal à ceux qui viennent de s'y installer.
Salma Bouziane, arrivée du Maroc il y a un peu plus d'un an, ne cache pas son enthousiasme. « On voulait que les filles puissent assister à un match d'une équipe locale », explique-t-elle, alors que sa fille Alma, 3 ans, sautille sur place, plus intéressée par la fête que par le jeu. « On est Marocains : le foot, c'est dans le sang ! » lance-t-elle, le sourire aux lèvres. Sa famille faisait partie d'un groupe de près de 80 nouveaux arrivants invités par l'organisme CARI St-Laurent, qui a voulu reproduire le succès de la sortie au hockey de l'hiver dernier.
« Une telle activité permet de développer un sentiment d'appartenance à Montréal », estime Laure Poisson, chef d'équipe pour CARI St-Laurent. Son collègue Tierry Nguiamba renchérit : comme la majorité des nouveaux arrivants viennent de pays où le soccer est roi, voir le CF Montréal en personne est une occasion de « s'intégrer à travers le soccer ».
Des émotions qui traversent les frontières
Dans le groupe, les langues se mélangent. Ganna Kolomiichuk, Ukrainienne, se réjouit de pouvoir « parler et crier en ukrainien parce que les émotions viennent avec la langue maternelle ». Avec ses amies Sofia et Liudmyla Sergiichuk, elle s'est laissé porter par l'énergie du stade. Pourtant, ses yeux s'embuent quand elle pense à son équipe favorite à Kyiv, qui joue encore malgré la guerre. « Parfois, je suis les résultats seulement pour avoir les nouvelles positives », confie-t-elle.
À l'opposé, Sofia Sergiichuk, rencontrée dans un atelier de peinture de CARI St-Laurent, voyait un match de soccer dans un stade pour la première fois de sa vie. « Wow ! C'est beaucoup d'émotions, je trouve ça vraiment agréable », s'exclame-t-elle.
Un match nul, mais des sourires gagnants
Martin Mendoza, 11 ans, originaire de Colombie, suivait parfois les statistiques du club montréalais depuis son arrivée il y a quatre ans. Jeudi soir, il voyait le club de sa ville d'adoption en action pour la première fois. « Pas la dernière fois », promet son père Walther, enjoué.
Mervilien Elian, arrivé d'Haïti en 2017, en était à sa deuxième visite au stade Saputo. Ses enfants, eux, y étaient pour la première fois, complètement absorbés par le jeu. Tout près, Léna, 7 ans, demande timidement : « Nous, on est quelle couleur ? » avant de partager ses croustilles. Son petit frère Alfin, 3 ans, danse et saute sans arrêt en criant « Allez, Montréal ! » Sa mère, Francesca Carole, arrivée du Bénin il y a trois ans, tente de contenir son fils en liesse.
Malheureusement, la petite Léna n'aura pas connu la joie d'une victoire du club local. Le match s'est conclu sur un match nul. Mais les sourires demeuraient sur les visages des nouveaux arrivants. « On a découvert qu'il y avait un joueur ukrainien dans l'équipe de Montréal ! s'exclame Ganna Kolomiichuk, les yeux pétillants. On n'a plus le choix de devenir des fans. »
Au-delà du score, c'est cette étincelle d'appartenance qui compte. Le soccer, comme le hockey avant lui, devient un pont entre les cultures, un terrain d'entente où l'on apprend à devenir Montréalais, un match à la fois.
FAQ : L'intégration par le sport au Québec
Comment le sport peut-il favoriser l'intégration des immigrants ?
Le sport crée un sentiment d'appartenance en offrant une expérience collective partagée. Des organismes comme CARI St-Laurent organisent des sorties pour permettre aux nouveaux arrivants de découvrir les équipes locales et de tisser des liens avec leur nouvelle communauté.
Pourquoi le soccer est-il particulièrement adapté à l'intégration ?
Le soccer est le sport le plus populaire au monde. La majorité des immigrants viennent de pays où il est roi, ce qui facilite leur engagement et leur permet de retrouver une passion familière dans leur nouveau pays.
Quel rôle jouent les organismes communautaires dans ce processus ?
Des organismes comme CARI St-Laurent offrent des activités culturelles et sportives qui aident les immigrants à se sentir chez eux au Québec. Ces initiatives, du hockey au soccer, créent des occasions de socialisation et de découverte de la culture locale.