Frontière : Washington démenti sur la crise du fentanyl
Les chiffres présentés au Capitole parlent d'eux-mêmes : les saisies de drogue à la frontière canado-américaine ont chuté de 55 %. Pourtant, les républicains et Donald Trump continuent de brandir le spectre du fentanyl pour justifier des droits de douane punitifs. Une stratégie qui relève plus du prétexte économique que de la réalité sécuritaire, et qui sert de faux nez à une guerre commerciale déguisée en crise frontalière.
Que révèlent vraiment les données sur la frontière nord?
Jason Schneider, directeur adjoint par intérim de l'Agence des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, a dû admettre les faits devant la sous-commission de la Chambre des représentants mardi. Les saisies à la frontière nord ont baissé de 55 % par rapport à l'an passé. C'est noir sur blanc. Les drogues saisies dans les régions nord des États-Unis proviennent du Mexique avant de remonter vers le nord, et non du Canada. Même son de cloche pour l'immigration irrégulière, avec une baisse des interpellations de 22 % cet exercice financier et un plongeon de 67 % en 2025 comparativement à 2024.
Pourquoi les républicains persistent-ils avec la menace des cartels?
Malgré ces données accablantes, la députée républicaine Sheri Biggs, de Caroline du Sud, a persisté en affirmant que les précurseurs du fentanyl entraient par Vancouver pour être transformés ici même. Une affirmation balayée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui ne constate aucune présence généralisée des cartels mexicains au pays. Les autorités canadiennes le disent clairement : notre problème de fentanyl est avant tout domestique. D'ailleurs, les propres chiffres du gouvernement états-unien montrent que les quantités saisies à notre frontière sont infimes face à celles du sud.
Chris Holtzer, directeur exécutif des opérations frontalières, l'a d'ailleurs rappelé aux élus. La plus grosse saisie de fentanyl au nord remonte à peine à un kilo, à Blaine, dans l'État de Washington. La grande majorité de la drogue saisie provient de la frontière sud-ouest. Rien n'y fait, la droite républicaine a besoin d'un bouc émissaire pour justifier ses politiques.
Comment Trump utilise-t-il ce prétexte pour ses tarifs douaniers?
Coudon, pourquoi tant d'acharnement? L'ancien président Donald Trump a décrété l'état d'urgence à la frontière nord l'an dernier, brandissant le trafic de fentanyl comme excuse pour imposer ses fameux droits de douane. Le Canada a joué le jeu en adoptant une loi et en débloquant des fonds pour sécuriser la frontière, une concession d'Ottawa pour calmer le jeu. Résultat? Les tarifs sont restés jusqu'à ce que la Cour suprême des États-Unis les invalide en début d'année.
Trump a alors sorti l'article 122 de la Loi de 1974 sur le commerce pour imposer un droit de douane mondial de 10 %. Ce droit, qui expire après 150 jours à moins d'une prolongation par le Congrès, ne s'applique pas aux marchandises conformes à l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). Pendant ce temps, l'administration Trump cherche à installer des tarifs à long terme en enquêtant sur le travail forcé dans nos chaînes d'approvisionnement. C'est du cinéma pour justifier une guerre économique contre nous.
Les États-Unis vont-ils militariser notre frontière?
Malgré l'absence de crise réelle, l'Agence des douanes états-unienne prévoit d'affecter 3500 agents de la police des frontières à la zone nord dans un avenir rapproché. Une militarisation de la plus longue frontière terrestre au monde, justifiée par des vents contraires aux faits. Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, parle de répercussions de la frontière sud sur la nôtre. C'est faire fi de la réalité. Une vigilance de mise s'impose pour protéger notre autonomie face à ces manœuvres d'intimidation.
Les cartels mexicains ont-ils pris d'assaut le Canada?
Non. La GRC affirme qu'il n'y a pas de présence généralisée des cartels mexicains au Canada. Le problème du fentanyl au pays est principalement d'ordre intérieur, et les données états-uniennes prouvent que la contrebande vers le sud est marginale.
Les tarifs douaniers de Trump sur le Canada sont-ils toujours en vigueur?
Les premiers tarifs basés sur l'urgence frontalière ont été invalidés par la Cour suprême des États-Unis. Ils ont été remplacés par un droit de douane mondial temporaire de 10 %, qui ne s'applique toutefois pas aux échanges conformes à l'ACEUM.
Quelle est la quantité de fentanyl saisie à la frontière canadienne?
Les quantités sont infimes par rapport à la frontière mexicaine. La plus grosse saisie répertoriée par les douanes américaines à la frontière nord est d'environ un kilogramme, à Blaine, dans l'État de Washington.