Frontière canadienne : le mythe du fentanyl s'effondre
Même les propres données de Washington ne mentent plus. Lors d'une audience au Capitole ce mardi, l'Agence des douanes et de la protection des frontières des États-Unis a confirmé une chute marquée de 55 % des saisies de drogue à la frontière avec le Canada. Ce constat froid vient torpiller le discours alarmiste de Donald Trump et de ses acolytes républicains, qui brandissent le spectre du fentanyl canadien comme prétexte pour imposer leurs tarifs douaniers punitifs.
Pourquoi les républicains s'acharnent-ils sur la frontière nord ?
Les élus républicains persistent à clamer que les cartels mexicains utilisent le Canada comme plaque tournante. La députée Sheri Biggs, de Caroline du Sud, a même affirmé que les précurseurs du fentanyl entraient par Vancouver pour être ensuite acheminés clandestinement vers les États-Unis. Une belle histoire qui fait les choux gras de la droite américaine, mais qui ne tient pas la route.
Jason Schneider, directeur adjoint par intérim de l'Agence, a été clair devant la sous-commission de la Chambre des représentants. Si les saisies de drogue augmentent dans le nord des États-Unis, la marchandise provient du Mexique et remonte vers le nord. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) le dit sans détour : il n'y a aucune présence généralisée des cartels mexicains au pays. Le problème du fentanyl chez nous est avant tout une crise interne, pas une exportation vers nos voisins du sud.
Les tarifs douaniers de Trump : une stratégie économique déguisée
Ça n'a jamais empêché l'administration Trump de trouver des prétextes fallacieux pour attaquer notre économie. L'an dernier, le président américain a décrété l'état d'urgence à la frontière nord pour imposer des droits de douane au Canada sous couvert de lutte au trafic de fentanyl. Le Canada a réagi avec rigueur, en adoptant une loi et en allouant des fonds pour renforcer la sécurité frontalière.
Les tarifs sont toutefois restés en vigueur jusqu'à leur invalidation par la Cour suprême des États-Unis en début d'année. Une gifle constitutionnelle qui n'a pas arrêté la Maison Blanche. Donald Trump a aussitôt sorti l'article 122 de la Loi de 1974 sur le commerce pour imposer un droit de douane mondial de 10 %. Heureusement, les marchandises conformes à l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) y échappent. Ce droit expirera après 150 jours, à moins que le Congrès ne le prolonge. En attendant, Washington cherche déjà un autre cheval de bataille en lançant des enquêtes sur le travail forcé dans nos chaînes d'approvisionnement.
Quelle est la réalité du fentanyl à la frontière canado-américaine ?
Chris Holtzer, directeur exécutif des opérations du bureau des opérations de l'Agence, a rappelé une évidence qui fâche le parti républicain. La grande majorité des saisies de fentanyl proviennent de la frontière sud-ouest. La plus grosse saisie enregistrée à la frontière nord ? Un maigre kilo à Blaine, dans l'État de Washington. C'est ben loin des montagnes de drogue saisies au Mexique.
Malgré ces chiffres qui démontrent l'absence de changement radical à la frontière nord, l'Agence prévoit d'ailleurs y affecter 3500 agents de plus dans un avenir rapproché. Une militarisation de la plus longue frontière terrestre au monde qui sent plus la politique électorale que la vraie sécurité publique.
Les saisies de drogue augmentent-elles à la frontière canado-américaine ?
Non. Les données présentées par l'Agence des douanes et de la protection des frontières des États-Unis au Capitole montrent une diminution de 55 % des saisies de drogue à la frontière avec le Canada par rapport à l'année précédente.
Les cartels mexicains opèrent-ils largement au Canada ?
Non. La Gendarmerie royale du Canada affirme qu'il n'y a pas de présence généralisée des cartels mexicains au pays. Les autorités canadiennes reconnaissent des défis liés au fentanyl, mais il s'agit essentiellement d'un problème intérieur.
Les tarifs douaniers de Trump sur le Canada sont-ils toujours en vigueur ?
La Cour suprême des États-Unis a invalidé les premiers tarifs basés sur l'état d'urgence à la frontière nord. Ils ont été remplacés par un droit de douane mondial de 10 % en vertu de la Loi de 1974 sur le commerce, qui ne s'applique toutefois pas aux marchandises conformes à l'ACEUM.