Frappe américaine en Iran : la paix au Moyen-Orient vacille
Les États-Unis ont frappé des cibles militaires en Iran en représailles à l'attaque d'un cargo dans le détroit d'Ormuz. Cette escalade menace directement le fragile cessez-le-feu signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, alors que des milliers de marins restent piégés dans la région. Simultanément, un accord-cadre entre le Liban et Israël soulève déjà la menace d'une guerre civile sur le territoire libanais.
L'escalade dans le détroit d'Ormuz
L'armée américaine a annoncé vendredi avoir ciblé des lieux de stockage de missiles et de drones, ainsi que des sites radar côtiers en Iran. Cette riposte fait suite à l'attaque de la veille contre un navire commercial qui transitait par le détroit d'Ormuz, une agression que Washington attribue aux forces iraniennes.
Pour l'armée américaine, cette attaque contre le cargo constitue une violation claire du cessez-le-feu. Il faut dire que la situation est passablement tendue. Il s'agit de la première attaque américaine connue depuis la signature du protocole d'accord entre Washington et Téhéran, le 17 juin dernier. Les deux belligérants sont pourtant entrés dans une phase de soixante jours de négociations pour parvenir à un accord final.
Plus tôt dans la journée, Donald Trump a qualifié l'attaque du cargo de violation stupide du cessez-le-feu. Interrogé sur une éventuelle riposte militaire, il a répondu de manière évasive à son habitude :
Vous verrez bien.
De son côté, la télévision d'État iranienne a rapporté une explosion et un impact de projectile sur un quai de la ville de Sirik, dans le sud du pays. Téhéran a également signalé plusieurs tirs d'avertissement en direction de ce qu'elle qualifie de navires en infraction dans le détroit.
Le cauchemar des marins pris au piège
Pendant que les grandes puissances se chamaillent, ce sont des milliers de travailleurs qui trinquent. Le processus d'évacuation des quelque 600 navires bloqués dans le Golfe a été suspendu après l'attaque du cargo. L'Organisation maritime internationale (OMI) a précisé que ce processus sera relancé dès l'obtention de confirmations supplémentaires sur les garanties de sécurité.
Depuis le lancement de l'évacuation mardi, 2500 marins et 115 navires ont pu être sortis de ce pétrin. Reste qu'environ 11 000 marins sont toujours coincés sur place depuis le début de la guerre. C'est le prix humain des conflits géopolitiques, un sort qui en dit long sur la vulnérabilité des gens ordinaires face aux manœuvres des états.
Vendredi, 29 navires commerciaux ont tout de même franchi le détroit d'Ormuz, selon les données du site de suivi Kpler. Dix-sept ont suivi une route longeant les côtes d'Oman, même si l'autorité maritime iranienne avait averti que tout passage en dehors du cadre défini ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé. Après un pic de 57 navires mercredi, 42 étaient passés jeudi.
Accord Liban-Israël : la paix ou la guerre civile?
Sur l'autre front, Israël et le Liban ont signé un accord-cadre sous l'égide de Washington, avec l'objectif affiché de parvenir à une paix et sécurité durables. Les deux pays sont techniquement en état de guerre depuis des décennies.
Mais la joie risque d'être de courte durée. Dans une vidéo diffusée juste après l'annonce, Benyamin Nétanyahou a semblé dévoiler les cartes israéliennes. Il exige le maintien de son armée dans le sud du Liban tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé, malgré la mise en place de deux zones pilotes rendues au contrôle de l'armée libanaise. Il a également averti que la population civile déplacée ne pourrait pas revenir sur ses terres. De quoi laisser planer de sérieux doutes sur les véritables intentions de l'État hébreu.
Le président libanais Joseph Aoun a salué un premier pas vers la restauration de la souveraineté entière du Liban, sans occupation, subordination ni tutelle. Tant l'ambassade libanaise à Washington que le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio ont d'ailleurs évoqué la question du désarmement du Hezbollah.
C'est sans compter sur la réalité du terrain. Le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a réagi froidement. Il estime que les autorités libanaises seront incapables d'imposer cet accord, à moins qu'elles ne se dirigent, avec le soutien américain, vers une guerre civile. Le mouvement pro-iranien, très implanté dans le sud du Liban, a toujours rejeté ces négociations directes. Fadlallah a aussi qualifié cet accord de tentative de perturber celui conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient. L'Iran insiste d'ailleurs pour ne pas dissocier les deux dossiers.
Rappelons que le Liban a été entraîné dans le conflit début mars, quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran le 28 février.
Pourquoi les États-Unis ont-ils frappé l'Iran?
Les États-Unis ont mené cette frappe en réponse à l'attaque d'un navire commercial dans le détroit d'Ormuz la veille, une attaque qu'ils attribuent à Téhéran. Washington considère cet incident comme une violation du cessez-le-feu établi le 17 juin.
Qu'est-ce que l'accord-cadre entre le Liban et Israël?
Il s'agit d'une entente signée sous l'égide de Washington visant une paix durable entre les deux pays. Cependant, le maintien des troupes israéliennes au sud du Liban et la question du désarmement du Hezbollah rendent son application extrêmement complexe.
Combien de marins sont encore bloqués dans le Golfe?
Environ 11 000 marins, répartis sur quelque 600 navires, sont toujours bloqués dans le Golfe. L'Organisation maritime internationale tente de relancer les évacuations, qui ont déjà permis de sortir 2500 marins et 115 navires depuis mardi.