Colombie : une sénatrice enlevée et une tentative d'assassinat contre le président
La violence politique s'intensifie en Colombie à l'approche des élections législatives et présidentielles. Une sénatrice indigène a été brièvement kidnappée mardi, le même jour où le président Gustavo Petro dénonçait une tentative d'assassinat à son encontre.
Un enlèvement dans le fief de la coca
Aida Quilcué, sénatrice de 53 ans et figure emblématique du peuple autochtone nasa, a vécu quelques heures d'angoisse mardi dans le département du Cauca. Cette région, connue pour sa production de coca, demeure sous le contrôle de dissidences des FARC, ces anciens guérilleros qui n'ont pas respecté l'accord de paix signé en 2016.
Le véhicule transportant la sénatrice et ses gardes du corps avait été retrouvé abandonné sur une route, déclenchant immédiatement l'alerte. Heureusement, un groupe d'indigènes est parvenu à la secourir avant l'intervention des forces armées.
« Je vais bien », a déclaré la sénatrice en larmes dans une vidéo diffusée par le ministre de la Défense Pedro Sanchez, après avoir été prise en charge par l'unité anti-enlèvements.
Petro dénonce une tentative d'assassinat
Plus tôt dans la journée, le président de gauche Gustavo Petro révélait avoir échappé de justesse à un attentat lundi soir. Lors d'un conseil des ministres retransmis en direct, il a expliqué que son hélicoptère n'avait pu atterrir comme prévu dans le département de Cordoba, sur la côte caraïbe.
« Nous avons pris le large pendant quatre heures et je suis arrivé là où cela n'était pas prévu, fuyant pour qu'on ne me tue pas », a confié le dirigeant, visiblement secoué.
Ce n'est pas la première fois que Petro, au pouvoir depuis 2022, dénonce des menaces de mort. Il affirme depuis des mois que des narcotrafiquants cherchent à attenter à sa vie, particulièrement depuis qu'il a renforcé la lutte contre les cartels sous la pression de Washington.
Un climat de terreur avant les scrutins
Ces incidents s'inscrivent dans un contexte particulièrement préoccupant à l'approche des élections législatives du 8 mars et de la présidentielle du 31 mai. Selon la Mission d'observation électorale, des centaines de villes sont menacées par la violence électorale.
La semaine dernière, des hommes armés ont attaqué le convoi d'un sénateur dans la région d'Arauca, tuant deux de ses gardes du corps. Cette région du nord-est demeure sous l'influence de la guérilla de l'ELN.
L'assassinat de Miguel Uribe, candidat de droite à la présidence tué en août dernier à Bogota, a ravivé les souvenirs douloureux des années 1980 et 1990, quand de nombreux responsables politiques de gauche tombaient sous les balles des narcotrafiquants et des paramilitaires.
Les défis de la démocratie colombienne
Cette escalade de violence illustre les immenses défis auxquels fait face la démocratie colombienne. Malgré l'accord de paix de 2016, de vastes territoires échappent encore au contrôle de l'État et demeurent aux mains de groupes armés qui financent leurs activités par le trafic de drogue.
La Colombie reste le premier producteur mondial de cocaïne, et cette réalité pèse lourdement sur la stabilité politique du pays. Les prochaines élections constitueront un test crucial pour la consolidation démocratique de cette nation sud-américaine.