L'engouement pour le Pilates sur appareil cache des risques sérieux
Le phénomène du Pilates sur appareil déferle sur le Québec comme une vague de fond, mais cette popularité fulgurante s'accompagne d'un revers inquiétant : des blessures graves, incluant des commotions cérébrales, touchent de plus en plus de pratiquants.
«C'est préoccupant! On recense déjà des accidents sérieux, dont au moins deux cas de commotion cérébrale dans un centre du grand Montréal», s'alarme Ann McMillan, figure de proue du Pilates au Canada.
Une explosion sans précédent au Québec
Depuis quelques mois, la fièvre du Pilates «reformer» s'empare de nos régions. Dans le Grand Montréal seulement, pas moins de 115 studios proposent cette discipline, tandis que la région de Québec en compte une dizaine.
Cette pratique qui sculpte tous les muscles en profondeur fait sensation sur les réseaux sociaux, portée par des influenceuses et des célébrités comme les sœurs Kardashian. Mais cette popularité cache une réalité troublante.
Des formations bâclées, des risques multipliés
Face à cette demande explosive, plusieurs centres sportifs et studios se lancent dans l'aventure sans respecter les standards de sécurité. «Il y a des studios qui engagent des instructeurs formés en ligne en seulement deux jours», dénonce Ann McMillan, qui enseigne à l'Université de Montréal et entraîne des athlètes olympiques.
Cette experte, qui pratique le Pilates depuis 1986, tire la sonnette d'alarme : «Les gens doivent poser des questions et s'assurer que leurs professeurs détiennent une certification du National Pilates Certification Program.»
L'absence de réglementation pointée du doigt
Patricia Perrier, fondatrice des studios Équilibre à Montréal, partage ces préoccupations : «Il n'existe aucune réglementation au Québec, c'est un manque criant. Depuis un an, c'est la folie furieuse et tout le monde s'improvise instructeur.»
Dans ses établissements montréalais, les listes d'attente pour le Pilates «reformer» débordent. «Des débutants veulent intégrer des cours avancés faute de places. Chez nous, on refuse catégoriquement, mais ce n'est pas le cas partout. Une chute d'appareil peut causer des blessures sévères, des déchirures graves», explique cette praticienne de 17 ans d'expérience.
Un marché sans garde-fous
«N'importe qui peut ouvrir un studio et enseigner ce qu'il veut, c'est dangereux», martèle Kasia Frejlich-Morisseau, fondatrice de Pilates AuthentiKa. Cette spécialiste de 20 ans d'expérience impose un cours privé d'initiation à chaque nouveau client.
Pourtant, cette discipline peut convenir à tous les âges et niveaux, à condition de choisir le bon établissement.
Comment bien choisir son studio
Vérifiez les certifications : Assurez-vous que les instructeurs proviennent d'écoles reconnues comme Stott Pilates, Peak Pilates, Polestar Pilates, Ann McMillan Pilates ou BASI Pilates.
Consultez les réseaux sociaux : Examinez l'historique de l'entreprise et lisez les commentaires clients.
Évaluez votre condition : Vérifiez que le studio s'adapte à votre état physique.
Méfiez-vous des termes marketing : Évitez les cours qualifiés d'«épicés» ou «actifs». Les vrais niveaux sont : initiation, débutant, régulier, puis intermédiaire.
Respectez votre niveau : Suivez un cours adapté ou optez pour une séance privée d'évaluation.
Cette situation illustre parfaitement les dérives d'un marché non réglementé où la santé publique passe après les profits. Il est urgent que nos instances québécoises encadrent cette pratique pour protéger nos concitoyens.