Violence électorale en Colombie : une sénatrice indigène kidnappée, Petro échappe à un attentat
La démocratie colombienne traverse une période particulièrement sombre. À quelques semaines des élections législatives et présidentielles, la violence politique atteint des sommets inquiétants dans ce pays où les groupes armés et les narcotrafiquants tentent d'influencer le processus démocratique.
Un enlèvement qui révèle la fragilité du système
Mardi, la sénatrice indigène Aida Quilcué, figure respectée du peuple autochtone nasa et défenseure des droits humains, a vécu quelques heures d'enfer. Kidnappée dans son fief du département du Cauca, région sous contrôle des dissidences des FARC, elle a finalement été secourue par un groupe d'indigènes mobilisés pour sa libération.
Cette femme de 53 ans, qui incarne la résistance des peuples autochtones face aux violences, a été retrouvée en larmes mais saine et sauve. « Je vais bien », a-t-elle déclaré dans une vidéo diffusée par le ministre de la Défense Pedro Sanchez, images qui témoignent de la réalité brutale que vivent les élus progressistes dans ce pays.
Petro dans la ligne de mire des narcotrafiquants
Le même jour, le président de gauche Gustavo Petro révélait avoir échappé de peu à une tentative d'assassinat. Son hélicoptère n'a pu atterrir comme prévu dans le département de Cordoba, son équipe de sécurité craignant des tirs contre l'appareil.
« Nous avons pris le large pendant quatre heures et je suis arrivé là où cela n'était pas prévu, fuyant pour qu'on ne me tue pas », a expliqué le dirigeant lors d'un conseil des ministres retransmis en direct. Ces mots résonnent comme un cri d'alarme sur l'état de la démocratie colombienne.
Un contexte électoral sous haute tension
À l'approche des scrutins du 8 mars pour les législatives et du 31 mai pour la présidentielle, la violence politique s'intensifie dangereusement. Des centaines de villes sont menacées par des groupes armés cherchant à peser sur les résultats, selon la Mission d'observation électorale.
La semaine dernière, le convoi d'un sénateur a essuyé des tirs dans la région d'Arauca, coûtant la vie à deux gardes du corps. Ces incidents rappellent tragiquement l'assassinat en août dernier de Miguel Uribe, candidat de droite à la présidence, mort des suites d'un attentat à Bogota.
L'ombre des années de plomb
Ces violences ravivent le souvenir douloureux des années 1980 et 1990, quand de nombreux responsables politiques et sociaux de gauche tombaient sous les balles des narcotrafiquants, des paramilitaires ou de membres corrompus de l'armée.
Aujourd'hui, alors que la Colombie reste le premier producteur mondial de cocaïne, les cartels et les groupes armés comme les dissidences des FARC ou la guérilla de l'ELN continuent de contrôler de vastes territoires, défiant l'autorité de l'État.
Pour Gustavo Petro, qui affirme depuis des mois être dans le collimateur des narcotrafiquants, la situation devient critique. Sous pression de Washington et à quelques mois de la fin de son mandat, il a intensifié la lutte contre les cartels, ciblant notamment Ivan Mordisco, le criminel le plus recherché du pays.
Cette escalade de violence témoigne des défis immenses que doit relever la démocratie colombienne, prise en étau entre les intérêts criminels et les aspirations légitimes du peuple à choisir librement ses représentants.