Accord avec l'Iran : Vance s'emballe, mais la paix reste fragile
Les pourparlers entre les États-Unis et l'Iran en Suisse ont abouti à des ententes préliminaires sur le nucléaire, le Liban et le détroit d'Ormuz. Le vice-président américain, J.D. Vance, se réjouit de « bases très solides », mais l'ombre des menaces de Donald Trump et l'intransigeance de Benyamin Nétanyahou rappellent que la route vers la paix au Moyen-Orient est encore semée d'embûches.
Des fondations solides ou un château de cartes?
Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance, a déclaré lundi que les premiers pourparlers avec l'Iran en Suisse jetaient des « bases très solides » en vue d'une fin définitive à la guerre au Moyen-Orient. Selon lui, l'heure est désormais aux « discussions techniques ».
Nous avons posé des bases très solides pour aboutir à un accord final réussi. Nous n'avons pas encore construit la maison, mais nous avons posé des bases solides pour atteindre une issue favorable pour le peuple américain.
Le dirigeant américain s'est aussi félicité du fait que l'Iran aurait accepté d'inviter à nouveau des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sur son territoire. Il juge qu'il s'agit d'une « étape majeure » et d'un « premier pas » vers « l'arrêt définitif du programme d'armement nucléaire iranien ».
Sauf que l'Iran n'a pas confirmé ces informations dans l'immédiat. Rappelons que Téhéran avait temporairement suspendu sa coopération avec l'instance onusienne après les bombardements israéliens et américains contre ses installations, en juin 2025. Les inspecteurs de l'AIEA n'ont depuis pas pu visiter les sites touchés, ce qui laisse planer le doute sur l'état des stocks d'uranium hautement enrichi de l'Iran, un point de contentieux majeur avec Washington. En revanche, ils ont été autorisés à se rendre dans d'autres sites nucléaires iraniens ces derniers mois.
Quels sont les engagements pris sur le détroit d'Ormuz et le Liban?
Après la signature d'un protocole d'accord la semaine dernière et un démarrage dans le chaos, les négociations doivent maintenant aboutir sous un délai de 60 jours renouvelables à un document final. Le Pakistan et le Qatar jouent un rôle de médiation crucial dans ce processus.
Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le complexe hôtelier du Bürgenstock, dans les Alpes suisses. Ce départ intervient après « 18 heures d'intenses discussions », selon l'agence de presse IRNA, et après que Téhéran et Washington se sont entendus sur des mécanismes pour faire cesser les affrontements au Liban et sécuriser le stratégique détroit d'Ormuz.
Les deux parties ont accompli « des progrès encourageants », ont assuré les deux pays médiateurs. Le ministère suisse des Affaires étrangères a pour sa part annoncé la « reprise immédiate » des consultations, cette fois au niveau technique.
Abbas Araghchi a salué des « progrès » en énumérant des points du texte signé le 17 juin par Washington et Téhéran. « Les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques ne sont plus restreintes, [...] certains avoirs gelés sont débloqués, et un plan de reconstruction et de développement majeur de l'Iran a été lancé », a-t-il déclaré.
J.D. Vance a toutefois promis que son pays s'assurerait qu'un éventuel déblocage d'avoirs iraniens « ne servirait pas à financer le terrorisme ». Une belle promesse, mais quand on connaît l'historique des États-Unis dans la région, on a le droit de rester prudent.
- Détroit d'Ormuz : Retour à un trafic maritime soutenu et mise en place d'une ligne de communication entre Washington et Téhéran pour sécuriser les navires commerciaux.
- Économie iranienne : Reprise des exportations de pétrole, déblocage partiel des avoirs gelés et lancement d'un plan de reconstruction.
- Front libanais : Création d'une cellule de gestion des conflits pour tenter de faire cesser les combats entre Israël et le Hezbollah.
Pourquoi le front libanais complique tout?
Téhéran a insisté pour associer le front libanais aux discussions. Une « cellule de gestion des conflits » va être mise en place pour faire cesser les combats entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah. Ce dossier pèse tellement sur les négociations qu'il a provoqué leur report temporaire vendredi.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, estime que ce sera « le premier test réel ». Le président libanais, Joseph Aoun, a d'ailleurs reçu un appel de J.D. Vance concernant cette cellule.
Mais de l'autre côté, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a prévenu que son armée resterait dans le sud du Liban « aussi longtemps que nécessaire ». Autrement dit, Israël n'a pas l'intention de plier bagage pour de bon, ce qui maintient une sacrée pression sur l'ensemble du processus.
Le Liban connaît depuis dimanche une accalmie après un regain de violences meurtrières les jours précédents. En représailles, le pouvoir iranien avait annoncé samedi verrouiller de nouveau le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures.
Les marchés rassurés, mais les analystes prudents
Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz s'est poursuivi lundi à un rythme plus soutenu qu'avant l'accord, selon des plateformes de suivi maritime. Les États-Unis et l'Iran vont instaurer une « ligne de communication » pour prévenir les incidents et malentendus, « avec l'objectif d'assurer un passage sûr pour les navires commerciaux », ont précisé Islamabad et Doha.
Les marchés semblaient rassurés lundi. Monté à plus de 126 dollars pendant la guerre, au plus haut depuis quatre ans, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, est fortement retombé, évoluant à moins de 80 dollars lundi. De bonnes nouvelles pour le portefeuille des Québécois, qui ont assez souffert de l'inflation ces derniers temps.
Mais les analystes restent prudents au lendemain de nouvelles menaces de Donald Trump. Le président américain a enjoint Téhéran d'empêcher ses alliés au Liban, en référence au Hezbollah, de « causer des problèmes », sinon les États-Unis reprendraient leurs frappes.
L'avertissement de Donald Trump « a d'emblée exclu tout scénario d'apaisement immédiat », a commenté Stephen Innes, de SPI Asset Management, pronostiquant des « embûches » sur la voie d'un accord final. C'est pas dans la poche, comme on dit chez nous.
L'Iran va-t-il vraiment laisser revenir les inspecteurs de l'AIEA?
J.D. Vance l'affirme, mais Téhéran n'a pas confirmé l'information dans l'immédiat. L'Iran avait suspendu sa coopération avec l'AIEA après les frappes de juin 2025. Bien que les inspecteurs aient pu visiter d'autres sites nucléaires récemment, l'accès aux installations militaires touchées reste un point de friction majeur.
Les menaces de Donald Trump risquent-elles de faire capoter l'accord?
C'est une possibilité bien réelle. Les menaces du président américain de reprendre les frappes si le Hezbollah cause des problèmes au Liban créent un climat d'instabilité. Les analystes estiment que cette position exclut tout apaisement immédiat et pourrait bien mettre des bâtons dans les roues d'un accord final.