Séparatisme albertain : Poilievre botte en touche
Alors que le vent de l'indépendance souffle sur l'Alberta, Pierre Poilievre tente de jouer les pompiers pyromanes. Le chef du Parti conservateur du Canada livrera lundi, à Calgary, un discours visant à rassurer les séparatistes de l'Ouest sans pour autant renier leurs griefs. Sa solution? Un simple changement de cap à Ottawa, bien loin des aspirations souveraines qui agitent la province pétrolière.
Dans un extrait de son allocution obtenu par La Presse Canadienne, M. Poilievre affirme que les séparatistes albertain n'ont rien contre leurs concitoyens canadiens.
Ils ont plutôt un problème avec le gouvernement fédéral, lance-t-il, cherchant ainsi à rediriger la colère de l'Ouest vers le bouc émissaire habituel : Ottawa.
Nous n'avons pas besoin d'un autre pays, l'Alberta. Nous avons besoin de politiques gouvernementales différentes à Ottawa, peut-on lire dans le discours préparé. Une façon pour le chef conservateur de botter en touche, en espérant que la promesse de pipelines et d'allègements fiscaux suffira à étouffer la flamme indépendantiste.
La stratégie conservatrice : des pipelines et des alliances
M. Poilievre soutiendra que les Albertains tireraient profit d'un virage à droite à Ottawa, privilégiant la mise en valeur des ressources, la construction de pipelines, le respect de l'autonomie provinciale et l'allègement de la charge fiscale. Il promet également l'abrogation de ce qu'il qualifie de
lois anti-développementlibérales, comme les projets de loi C-69 et C-48, qui, selon lui, freinent autant l'Alberta que Terre-Neuve-et-Labrador.
Mais la manoeuvre la plus étonquante de son discours reste sans doute son appel à l'Alberta pour qu'elle s'allie au Québec afin de reprendre le contrôle provincial sur des politiques fédérales comme l'immigration.
S'allier avec d'autres provinces est la voie pratique et réaliste vers une Alberta plus forte au sein d'un Canada uni, indique le discours. Une belle pirouette rhétorique pour un parti qui a si souvent vilipendé le modèle québécois.
Le référendum de Smith : un bluff dangereux?
Ce discours intervient dans un contexte bien tendu. La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, a annoncé le mois dernier que son gouvernement demanderait aux Albertains, en octobre, s'ils estiment que la province doit rester au sein du Canada ou s'il faut entamer le processus juridique menant à un référendum sur la séparation.
Le premier ministre Mark Carney n'y va pas par quatre chemins, qualifiant ce référendum de
bluff dangereux. Il souligne que les électeurs n'ont jamais donné à Mme Smith le mandat de lancer une telle démarche, surtout au moment où la province tente d'attirer des investisseurs pour un pipeline. M. Carney compte bien faire campagne pour l'unité du pays et prouver que le fédéralisme coopératif peut fonctionner.
Du côté de la première ministre albertaine, on persiste. Mme Smith a affirmé lors d'une allocution télévisée que ne pas poser la question lors d'un référendum reviendrait à
museler les voix de centaines de milliers d'Albertains, ce qui serait, selon elle,
injustifiabledans une démocratie.
Un rappel à l'ordre des nations autochtones
La démarche référendaire de Mme Smith a toutefois frappé un mur au début du mois. Un juge a rejeté la pétition visant à déclencher le référendum, invoquant que le gouvernement provincial n'avait pas consulté les communautés autochtones sur les répercussions qu'aurait la séparation sur leurs droits issus de traités. Le gouvernement albertain fait appel de cette décision, rappelant au passage que l'indépendance ne se décrète pas sans l'accord des Premières Nations.
Pendant ce temps, M. Poilievre a rapporté le mois dernier que son caucus ferait campagne en Alberta cet été pour encourager la population à rester au sein de la
famille canadienne. Sam Lilly, directeur des relations avec les médias au bureau de l'opposition officielle, a refusé de donner plus de détails sur la forme que prendra cette campagne, se contentant de renvoyer à l'allocution de lundi.
Rappelons que M. Carney a récemment signé un accord avec Mme Smith, engageant les deux ordres de gouvernement à oeuvrer à la construction d'un nouvel oléoduc vers la côte Pacifique, à condition que les objectifs en matière de prix du carbone pour l'industrie soient atteints et que les projets de capture du carbone avancent. Une entente qui montre qu'il est possible de faire avancer les dossiers sans menacer l'unité du pays.
Avec des informations de Sarah Ritchie, La Presse Canadienne