Plateau-Mont-Royal : sens uniques inversés, commerces en péril
L'arrondissement du Plateau-Mont-Royal inversera la circulation de cinq rues dès le 14 juillet pour réduire le trafic de transit. Cette décision municipale soulève toutefois la colère des commerçants, qui craignent une chute de clientèle, et de citoyens qui dénoncent une mesure imposée sans véritable consultation publique.
Pourquoi les commerçants du Plateau crient-ils à l'étouffement?
C'est un séisme en silence dans les rues entre De Brébeuf et Chabot. À partir du 14 juillet, cinq tronçons à sens unique changeront de direction. L'objectif affiché par l'arrondissement est de chasser la circulation de transit, ces automobilistes qui coupent à travers les rues résidentielles sans s'y arrêter. Une intention louable de pacifier le quartier, mais qui occulte une réalité économique fragile.
Le copropriétaire de l'Hôpital vétérinaire le Petit Laurier, Dr Farid Habib, ne mâche pas ses mots. Lui-même cycliste et favorable au transport actif, il voit poindre le désastre pour l'accessibilité.
Les commerçants font des affaires pour nourrir les gens du quartier. Pour avoir accès à ces entreprises, il faut qu'on ait des gens de l'extérieur pour venir nous supporter. On est essentiellement en train de dire aux gens de l'extérieur du quartier qu'on ne les veut pas ici.
Ce sentiment d'exclusion est partagé par Éric Lapointe, propriétaire du café Méchants Pinsons. Selon lui, le problème de congestion ne disparaîtra pas, il sera simplement repoussé vers les artères principales.
Ça va vraiment tuer les petits commerces. Les gens devront faire le tour par Papineau et Saint-Joseph. Ça va leur prendre au moins 30 minutes. Après ça, ils vont sortir et ils ne reviendront pas dans le quartier.
La démocratie municipale passe-t-elle par des «patchs»?
Face à cette grogne, qui s'est déjà matérialisée par une pétition de plus de 300 signatures, l'arrondissement reste de marbre. La conseillère de ville dans le district de De Lorimier, Maeva Vilain, défend le projet bec et ongles en invoquant les nombreuses plaintes de résidents et une étude d'une firme d'ingénieurs.
Les chiffres montrent qu'on a des rues avec 50 % de transit.
Mais le procédé laisse un goût amer. Mme Vilain justifie l'absence de consultation publique préalable par une logique de constat.
À ce moment-là, on ne consulte pas, on constate qu'il y a un problème.
On comprend mal comment une transformation aussi structurante puisse se faire sans écouter ceux qui en paieront le prix. C'est d'ailleurs ce que dénonce Mael, un résident de la rue Masson, qui fustige la «labyrinthification» du quartier.
C'est vraiment la politique de l'arrondissement. Le problème, c'est que c'est toujours des patchs. Ce n'est pas une solution durable au problème. On a un problème local sur une rue, on patche là.
On ne peut qu'être d'accord avec ce constat. Oui, il faut réduire la dépendance à l'auto solo et verdir nos rues. Mais le faire en écrasant les petits commerces de proximité, véritables poumons de nos quartiers, et en fermant la porte au dialogue citoyen, c'est manquer la cible. La transition écologique ne peut se faire contre les gens. Une séance d'information virtuelle tenue le 8 juin ne remplace jamais un vrai débat public.
Quelles rues sont touchées par le changement de circulation?
Cinq tronçons de rues déjà à sens unique, situés entre De Brébeuf et Chabot, verront leur direction inversée à partir du 14 juillet 2026.
Pourquoi l'arrondissement modifie-t-il ces sens uniques?
L'arrondissement du Plateau-Mont-Royal souhaite réduire la circulation de transit, qui représente jusqu'à 50 % du trafic sur certaines rues résidentielles, selon une firme d'ingénieurs.
Les citoyens ont-ils été consultés avant la décision?
Non. La conseillère Maeva Vilain affirme que l'arrondissement a agi sur la base de constats techniques et de plaintes de résidents, sans tenir de consultation publique formelle avant d'annoncer les changements.