Orage et division : Trump s'accapare le 250e des États-Unis
Washington vivait samedi une journée de contrastes marquante pour le 250e anniversaire des États-Unis. L'esplanade du National Mall a été évacuée en raison d'un violent orage, mais c'est le climat politique qui a vraiment volé la vedette. Entre l'accaparement des festivités par Donald Trump, la présence de groupes suprémacistes et le désenchantement d'une majorité de citoyens, la fête nationale reflète une nation profondément fracturée.
Pourquoi le National Mall a-t-il été évacué?
La météo a joué les trouble-fête dans la capitale américaine. À quelques heures du discours prévu du président, de fortes rafales et des éclairs ont forcé les autorités à ordonner l'évacuation immédiate du site. Les spectateurs ont dû se réfugier dans les musées et les bâtiments fédéraux environnants, spécialement rouverts pour l'occasion. Le traditionnel défilé du 4 juillet avait d'ailleurs déjà été annulé plus tôt dans la journée en raison d'une vague de chaleur suffocante qui frappe l'est du pays.
L'ordre d'évacuation n'a pas été du goût de tout le monde. Des huées ont fusé, tandis que des chants de «USA! USA!» et l'hymne national résonnaient parmi les récalcitrants qui refusaient de plier bagage. Des policiers, sifflets à la bouche, ont dû insister pour faire déguerpir les fêtards.
Comment Donald Trump a-t-il récupéré les célébrations?
Le locataire de la Maison-Blanche a tout fait pour transformer cet anniversaire en une célébration de sa propre personne. En début d'après-midi, sur son réseau Truth Social, il assurait que la foule était «incroyable», tentant de minimiser la chaleur écrasante. Le bonhomme devait tenir une réunion politique aux allures de campagne électorale sur le Mall, avant de lancer ce qu'il vante comme le plus grand feu d'artifice au monde, avec 850 000 fusées prévues pendant 40 minutes. Il a même promis des fanfares militaires pour jouer de la musique patriotique, des classiques américains et sa fameuse «playlist».
Quelles divisions l'Amérique traverse-t-elle pour son 250e?
Derrière le faste et les drapeaux à étoiles brandis par les passants, le pays est à cran. Patrick Thompson, un enseignant d'Alexandria, préfère célébrer en famille avec un bon barbecue plutôt que de traîner ses ados aux cérémonies officielles.
«C'est super de vivre ce 250e anniversaire, mais pourquoi cela doit-il porter l'empreinte de Trump?», lance-t-il à l'AFP. Une question qui en dit long sur la polarisation ambiante.
Rajesh Mirchandani, un Indien d'origine devenu Américain en février, partage ce malaise.
«L'Amérique que je célèbre n'est pas celle de la haine et de la polarisation. C'est celle dans laquelle des gens chaleureux, modestes et drôles travaillent encore ensemble pour construire quelque chose de meilleur», confie-t-il. De son côté, la psychothérapeute d'Atlanta Melissa Pate déplore le climat politique ambiant.
«Dire que cela fait 250 ans et que des gens dans ce pays ne vivent pas dans une véritable liberté, c'est un peu décevant», souligne-t-elle.
Et le décor est planté. En matinée, des hommes masqués ont défilé dans les rues de Washington, brandissant des drapeaux confédérés et l'emblème du mouvement suprémaciste Patriot Front, en scandant «Reprenons l'Amérique!». La veille, au pied du mont Rushmore, Donald Trump enflammait les plaies dans un discours ultra-patriotique, affirmant que l'identité américaine subissait une «nouvelle offensive» venant de «radicaux et d'extrémistes». À New York, le vice-président J.D. Vance emboîtait le pas en dénonçant ceux qui ne voient que les «imperfections» du pays. Un discours qui nous rappelle à quel point le nationalisme identitaire américain est devenu la marque de commerce de cette administration.
Que révèlent les messages internationaux et les sondages?
Face à ce grand écart entre les idéaux de 1776 et la réalité de 2026, les voix discordantes se font entendre. Le pape Léon XIV, premier pontife américain et critique des politiques migratoires de Trump, a salué «les espoirs, les sacrifices et la contribution des immigrants qui font partie de l'histoire de ce pays depuis son tout début». De son côté, le roi Charles III a rappelé les «valeurs communes» unissant le Royaume-Uni et les États-Unis. À Philadelphie, on faisait la queue dès l'aube devant la célèbre «Cloche de la liberté», comme pour se raccrocher aux fondements de la nation.
Mais le plus frappant, c'est le pouls de la population. Un récent sondage de l'Université Quinnipiac révèle que 61 % des Américains estiment que leur pays n'est pas à la hauteur des idéaux énoncés dans la Déclaration d'indépendance. Deux siècles et demi après la rupture avec la Couronne britannique, en passant par l'esclavage, la guerre civile et les conflits mondiaux, la plus grande puissance du monde semble chercher sa boussole. En regardant ça d'ici, on se dit que notre modèle social-démocrate et notre attachement à la liberté collective ont de quoi rassurer face au chaos de nos voisins du Sud.