Mondial 2026 à Mexico : la fête éclaboussée par la répression
« Peuples du monde, bienvenue au Mexique ! » Mexico a lancé jeudi le coup d'envoi du Mondial-2026 dans une ambiance festive, mais la liesse a vite été ternie par des heurts entre la police et des manifestants, de même que par la cohue monstre dans l'immense fan zone aménagée au centre de la capitale.
Le premier des 104 matchs de ce Mondial hors normes s'est soldé par une victoire du Mexique sur l'Afrique du Sud (2-0) dans le mythique stade Azteca, archicomble avec ses 80 000 spectateurs. Les supporters ont entonné à l'unisson le traditionnel « El Rey » pour célébrer le triomphe de la « Tri », comme on surnomme affectueusement l'équipe nationale.
Une cérémonie spectaculaire, mais à quel prix ?
Le coup d'envoi a été précédé d'une cérémonie grandiose mêlant musique traditionnelle et moderne. Des danses en habits coutumiers et costumes autochtones ont célébré « l'unité, la diversité et la culture ancestrale » du Mexique, un hommage touchant aux racines premières de ce pays.
Shakira a été la grande vedette de cette soirée d'ouverture. Après l'hymne du Mondial-2010 Waka Waka, la superstar colombienne a interprété « Dai Dai » aux côtés de l'étoile nigériane Burna Boy, un titre en espagnol et en anglais mêlant afrobeat et rythmes caribéens. La fête s'est poursuivie avec le groupe mexicain Maná, le chanteur pop vénézuélien Danny Ocean, le groupe Los Ángeles Azules, la star du reggaeton J Balvin et l'Hispano-Mexicaine Belinda, le tout couronné par des feux d'artifice au-dessus du stade.
Avant le match, les porte-drapeaux des 48 pays participants ont formé un cercle au centre du terrain. Le ténor italien Andrea Bocelli et la star de k-pop Ejae ont ensuite interprété l'hymne officiel du Mondial, intitulé DNA, un mélange d'opéra et de musique électronique produit par le DJ français David Guetta. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a enfin présenté le trophée à la foule.
Un dispositif de sécurité qui en dit long
Des milliers de supporters, vêtus du maillot de leur équipe, de chapeaux de charro, de coiffes autochtones et de drapeaux, ont déferlé vers le stade dès l'aube, certains arrivant même à 6 h 30 du matin.
Mais aux abords du stade, c'était un tout autre spectacle. Un imposant dispositif de sécurité avait été déployé : des centaines de membres de la Garde nationale, cette force de police militarisée, des agents en tenue anti-émeute et des policiers à cheval. De quoi glacer l'ambiance pour plus d'un fan venu simplement pour le foot.
« On veut juste se plonger dans l'ambiance et découvrir les activités, la musique, les animations », explique Sheree Toomes, une fan écossaise qui avoue être effrayée par la présence massive des forces de l'ordre. « La police, l'armée, on ne voit pas ça au Royaume-Uni », lance-t-elle.
Ici, on ne peut s'empêcher de faire un parallèle avec les débats chez nous au Québec sur la militarisation des corps policiers. Quand l'État déploie l'armée pour encadrer une fête populaire, il y a comme un problème de fond qui n'est jamais réglé.
Boycott et luttes sociales
Sur la grande avenue menant au stade Azteca, une grande pancarte proclamait : « Boycott de la Coupe du monde de la FIFA 2026 ! » Un message clair qui rappelle que le cirque médiatique de la FIFA ne fait pas l'unanimité.
Depuis plusieurs jours, des enseignants en grève profitent de la vitrine mondiale pour faire entendre leurs revendications. Ils ont bloqué une partie de la capitale, forçant le gouvernement à ériger des barrières métalliques autour du Zocalo, la grande place centrale où est installée la fan zone pouvant accueillir 55 000 personnes.
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a affirmé que tout était « sous contrôle », et la fan zone a ouvert comme prévu jeudi matin. Mais l'impatience de milliers de supporters attendant à l'entrée a provoqué des bousculades importantes.
Des disparus qu'on veut oublier
C'est au début du match que la situation a dégénéré à l'extérieur du stade. Des dizaines de manifestants et de policiers se sont affrontés violemment. Les manifestants exigent justice pour les personnes disparues, un fléau au Mexique dans un pays marqué par les violences liées au narcotrafic. Ils ont arraché les barrières bloquant les accès au stade et échangé des coups avec les forces de l'ordre.
« Je suis venu voir la sélection mexicaine, la soutenir », dit Luis Enrique Huerta, un serveur de 22 ans. « Aujourd'hui, il faut laisser la politique de côté pour se concentrer sur les 90 minutes de football. »
Mais justement, peut-on vraiment laisser la politique de côté ? Quand des familles pleurent des disparus, quand des enseignants luttent pour leurs droits, quand la police réprime dans le silence médiatique, le football ne suffit plus à noyer la réalité. La fête est belle, oui, mais elle ne doit pas nous aveugler sur les luttes légitimes d'un peuple qui exige dignité et justice.