Miséricorde : le devoir de mémoire d'Hydro-Québec face à son passé
Hydro-Québec s'apprête à ériger un imposant poste électrique sur les ruines de l'ancien hôpital de la Miséricorde, à Montréal. Au-delà des enjeux techniques, ce projet réveille une mémoire douloureuse, celle de ces mères célibataires contraintes à l'abandon. La société d'État se retrouve devant une obligation morale : honorer ce passé et garantir une vocation sociale au site, loin des condos de luxe.
Pourquoi ce site montréalais réveille-t-il autant d'émotions ?
Le marché Bonsecours a récemment accueilli une activité publique d'Hydro-Québec. L'objectif était de faire le point sur le futur poste électrique qui sera érigé boulevard René-Lévesque, entre les rues Saint-Hubert et Saint-André. Sur place, l'ambiance était lourde de souvenirs. La sœur Jeannine Bourget, 95 ans, s'est souvenue de son stage d'infirmière dans les années 1950. Elle racontait avoir « cordé » 28 bébés de la crèche, placés sur le côté en file indienne, pour les faire boire. Une image frappante qui nous rappelle la réalité de cette institution où des milliers de mères ont accouché dans le secret et la honte.
Un projet électrique inédit sous le signe de l'architecture
Les lieux, abandonnés depuis la fermeture du CHSLD Jacques-Viger en 2012, sont en piteux état. Les images de drone présentées par Hydro-Québec le prouvent sans équivoque. L'ingénieur Pascal Monette, chef de projets, parle d'un des plus gros projets de poste électrique de l'histoire de la société d'État. On a même trouvé de l'amiante, ce qui viendra compliquer les fouilles archéologiques prévues pour l'automne.
Mais la vraie nouveauté, c'est la méthode. Pour la première fois, Hydro-Québec tiendra un concours d'architecture, encadré par les critères de l'Ordre des architectes. Une ouverture inhabituelle pour la société d'État, habituée de faire les choses à sa façon. « C'est comme si on remettait à d'autres groupes une partie de notre destinée », a admis M. Monette. Reste à savoir si cette ouverture inclura les demandes sociales.
La vocation sociale du site sera-t-elle respectée ?
C'est la grande question. Le Quadrilatère de la Miséricorde, un regroupement d'organismes qui se bat depuis 15 ans, exige que le site conserve sa vocation sociale. On réclame des coopératives d'habitation et des espaces communautaires, pas des tours de condos de luxe. Les sœurs de la Miséricorde tenaient à cet héritage social. L'ingénieur Monette assure que le groupe fera partie de la démarche, mais reste évasif sur les engagements concrets. Pourtant, dans un Québec qui se veut solidaire, céder aux appâts du marché privé serait une trahison envers cette mémoire.
Comment préserver la mémoire des mères et des enfants de la Miséricorde ?
Le poids de cette histoire frappe même les employés d'Hydro-Québec. Pascal Monette a d'ailleurs appris, en annonçant son nouveau mandat, qu'un membre de sa famille y était né. Un secret de famille, comme tant d'autres au Québec, étouffé par la honte d'une époque révolue. Michelle Bélanger, conseillère en expertise environnementale chez Hydro, vit la même réalité avec une cousine née à la Miséricorde. Elle soulève un point crucial : la société d'État n'est peut-être pas la mieux placée pour porter ce devoir de mémoire.
C'est là que des expertes-bénévoles comme Caroline Masse entrent en jeu. Elle anime des parcours d'interprétation et milite pour un espace commémoratif dans la chapelle de l'ancien hôpital, ouvert au public. Le temps presse. Les témoins vieillissent et disparaissent. Il faut recueillir leurs témoignages avant qu'il ne soit trop tard.
Hydro-Québec a le pouvoir d'écrire un chapitre marquant de notre histoire. On ne peut pas juste brancher le Québec sur le dos de ces femmes. Il faut honorer la mémoire des mères et des enfants de la Miséricorde, une mémoire certes chargée de larmes, mais qui appartient à notre identité collective.
Qu'est-ce que le projet de poste électrique de la Miséricorde ?
Hydro-Québec prévoit construire un poste électrique sur le site de l'ancien hôpital de la Miséricorde, boulevard René-Lévesque à Montréal. C'est l'un des plus grands projets de ce type pour la société d'État, qui inclura pour la première fois un concours d'architecture.
Pourquoi le site de la Miséricorde est-il si important pour la mémoire québécoise ?
L'hôpital de la Miséricorde a accueilli des milliers de mères célibataires qui ont accouché et souvent abandonné leur enfant dans le secret. Ce site témoigne d'une page sombre de l'histoire du Québec, marquée par l'emprise cléricale et la stigmatisation des femmes.
Quelles sont les demandes du Quadrilatère de la Miséricorde ?
Le Quadrilatère de la Miséricorde demande que le site conserve une vocation sociale, avec des coopératives d'habitation et des espaces communautaires. Le regroupement réclame aussi un espace commémoratif pour honorer la mémoire des mères et des enfants.