La «bête» Roque et la Victoire: le hockey féminin québécois en fête
C'est le genre de soirée qui fait vibrer tout un peuple. Mercredi à Ottawa, la Victoire de Montréal a soulevé la coupe Walter, et avec elle, c'est tout le mouvement du hockey féminin québécois qui a gagné ses lettres de noblesse. Au cœur de ce triomphe, une acquisition qui s'est avérée majeure: Abby Roque, l'Américaine de 28 ans qui a planté les deux premiers buts de la rencontre.
Je ne peux pas être plus heureuse. C'est le meilleur moment de ma carrière, a lancé la médaillée d'argent américaine aux Jeux olympiques de Pékin en 2022, les yeux encore brillants d'émotion.
Son entraîneuse Kori Cheverie, première coach féminine à être couronnée dans la LPHF, n'y est pas allée de main morte pour décrire sa joueuse. [Roque] est une bête! Elle est une compétitrice incroyable, elle veut gagner, elle n'a peur de rien, a vanté celle qui a elle-même fracassé une barrière historique.
La pièce manquante du casse-tête
Obtenue contre Kristin O'Neill lors du repêchage de juin dans une transaction avec les Sirens de New York, Roque n'avait jamais goûté aux séries éliminatoires avant de mettre les pieds à Montréal. C'est justement ce qui faisait d'elle la pièce manquante pour mener la Victoire vers les grands honneurs.
L'Américaine a complété à merveille le premier trio aux côtés de notre Marie-Philip Poulin et de Laura Stacey, effaçant au passage une réputation injuste concernant son éthique de travail. Cette équipe représente tout pour moi. Tout le monde est fantastique et donne son maximum. J'aime chaque personne de cette organisation, a mentionné Roque, qui sait que la formation sera bien différente la saison prochaine avec l'arrivée de quatre nouveaux clubs dans la ligue.
La magie Poulin-Roque
Sur la patinoire, la chimie a été instantanée. Poulin et Stacey ont été complices sur le premier filet de Roque face à la Charge d'Ottawa, après que Stacey a encaissé une solide mise en échec qui a libéré l'espace pour ses comparses.
Elle a été fantastique. Quel match! Nous étions vraiment excitées de l'accueillir au sein de notre formation. Ç'a bien fonctionné, a commenté Stacey.
C'est une compétitrice née et elle l'a démontré encore une fois, a renchéri «Pou». Elle voulait gagner et on l'a fait ensemble. C'était tout un travail d'équipe.
La capitaine peut aussi remercier sa nouvelle coéquipière d'avoir enfilé l'aiguille pendant qu'elle purgeait une obstruction sur la gardienne Gwyneth Philips, à mi-chemin en troisième période. Il a fait du bien ce but-là. Je ne me sentais pas super bien au banc des punitions, a avoué Poulin avec son sourire caractéristique. De la voir garder son calme, transporter la rondelle, marquer et ensuite voir les filles arriver vers moi, c'était quelque chose.
Puis, la Beauceronne de 35 ans a livré la réplique qui a fait sourire toute la salle de presse. Je pense que j'ai fait un peu pipi, j'étais trop excitée!
Sauvageau, l'architecte émue
Derrière cette équipe championne, il y a Danièle Sauvageau, la femme qui a bâti ce collectif de A à Z. Au son de la sirène, pas un mot ne sortait. Les larmes parlaient d'elles-mêmes.
En regardant ces femmes travailler chaque jour, on est nourri par l'admiration. Il est arrivé plein de trucs. Quand on parle de résilience et d'aller chercher le meilleur de soi-même... J'ai simplement été témoin d'une belle aventure. On a fini premières au classement et on a remporté la coupe, qui est très lourde en passant! On était en mission, a mentionné la directrice générale montréalaise.
Celle qui n'avait pas choisi le nom «Victoire», une décision de la ligue qui venait avec son lot de pression, a su donner un sens profond à cette appellation. Ce n'est pas le nom d'une équipe qui prend son sens, c'est son ADN, qui a été construit avec ces joueuses, a philosophé la coach d'Équipe Canada, médaillée d'or aux Jeux de Salt Lake City en 2002.
Et c'est bien là, l'essentiel. Ce n'est pas juste un nom sur un chandail. C'est l'ADN d'un hockey féminin qui gagne ses galons, qui rassemble et qui fait la fierté du Québec tout entier. La Victoire, c'est maintenant beaucoup plus qu'une équipe. C'est un mouvement.
