Hochelaga-Maisonneuve: un «crackhouse» et une halte-répit qui dérangent
Des résidants de deux secteurs d'Hochelaga-Maisonneuve tirent la sonnette d'alarme. Ils dénoncent l'inaction de l'organisme L'Anonyme face aux problèmes de consommation de drogues, de prostitution et de déchets qui gangrènent leur quotidien, près de deux de ses établissements.
Le secteur Davidson/Notre-Dame, où est installée une halte-répit en plein cœur du campement Notre-Dame, et la rue de Chambly, à proximité du 3629, une maison de chambres pour personnes en «grande désaffiliation sociale», sont au centre des préoccupations. Les résidants rencontrés par La Presse reconnaissent l'importance de ces ressources, mais réclament un meilleur encadrement.
Un sentiment d'inaction qui persiste
«J'ai l'impression qu'on utilise le concept de réduction des méfaits pour camoufler de l'inaction», lance un voisin du 3629, qui a requis l'anonymat. Il décrit un va-et-vient incessant, jour et nuit, où la prostitution, le trafic et la consommation de drogues sont monnaie courante, et ce, au vu et au su des intervenants.
«C'est comme un crackhouse financé par le gouvernement, finalement», ajoute-t-il, déplorant que les personnes vulnérables hébergées ne puissent améliorer leur sort sans un certain encadrement. Kamala Wright, une autre voisine, abonde dans le même sens: «Les évènements continuent de se répéter, clairement l'organisme n'agit pas beaucoup.»
L'Anonyme se défend
Le directeur général de L'Anonyme, Julien Montreuil, rejette ces accusations. Il assure que les gestes allégués ne sont «absolument pas tolérés» et qu'une équipe de cinq intervenantes en rotation assure une présence permanente au 3629. Les voisins réclament toutefois l'ajout d'un agent de sécurité pour contrôler les entrées et sécuriser les lieux, une avenue que l'organisme n'envisage pas pour le moment.
La halte-répit de Davidson/Notre-Dame aussi visée
À la halte-répit de Davidson et Notre-Dame, dont la vie a été prolongée jusqu'au printemps 2027, les résidants constatent l'arrivée de nouveaux trafiquants, une hausse de la prostitution et une accumulation de déchets de consommation. Étienne Martel, qui ramasse lui-même des seringues quotidiennement, demande des limites claires: «Oui, ça prend des ressources, mais ça prend aussi des limites. Nourrissez ces gens-là, donnez-leur des seringues, mais ramassez-les et ne laissez pas le campement s'étendre jusque sur les terrains des gens.»
L'Anonyme offre des formations sur le ramassage sécuritaire de déchets, un outil pour combattre le «sentiment d'impuissance». Mais ce sentiment, Annie Charron, résidante d'un HLM à proximité, le vit pleinement. «J'ai des enfants, je ne peux même pas sortir de chez nous, car ils ont peur de sortir sur le balcon. C'est harcelant, on se fait regarder comme si on était des problèmes par les vendeurs qui viennent dans les autres appartements, mais c'est moi qui suis chez moi», témoigne-t-elle.
Des expulsions et une présence policière renforcée
Le Tribunal administratif du logement a d'ailleurs ordonné, fin juillet, l'expulsion d'une locataire et de trois femmes non autorisées qui résidaient dans un HLM de l'immeuble. Une responsable de l'Office municipal d'habitation de Montréal confirme des problèmes «engendrés par le trafic de drogue, la prostitution et le proxénétisme».
Julien Montreuil relativise: «Bien évidemment que chez nous, il y a des personnes qui vivent avec des dépendances et consomment des substances. C'est un système capitaliste, une économie de marché.» De leur côté, Gilles et Ginette Des Marchais, qui habitent Hochelaga depuis toujours, disent avoir vu pire et affirment que «ce n'est pas eux [les gens de la halte-répit] qui [les] dérangent le plus».
Le Service de police de la Ville de Montréal indique que le poste de quartier 23 «a renforcé sa présence en effectuant des patrouilles à pied et en véhicule» dans ces secteurs.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la halte-répit de L'Anonyme?
La halte-répit est un lieu de repos et de ressources pour les personnes en situation d'itinérance, installé au cœur du campement Notre-Dame, dans Hochelaga-Maisonneuve.
Quelles sont les plaintes des résidants?
Les résidants dénoncent la consommation de drogues, la prostitution, le trafic et l'accumulation de déchets, et réclament plus d'encadrement et de sécurité.
Que répond L'Anonyme?
L'organisme affirme que les gestes allégués ne sont pas tolérés et qu'une équipe d'intervenantes est présente en permanence, mais n'envisage pas d'ajouter un agent de sécurité.