Géorgie : une petite ville fait reculer l'ICE de Trump
La petite municipalité de Social Circle, en Géorgie, a réussi à faire annuler un projet de l'ICE visant à convertir un entrepôt en centre de détention pour migrants. Malgré un fort appui historique à Donald Trump dans cette région, les citoyens et le conseil municipal ont bloqué le projet en dénonçant le manque d'études environnementales et en verrouillant l'accès à l'eau potable.
Pourquoi la ville de Social Circle s'est-elle opposée au centre de détention?
« Des informations sur l'entrepôt de Social Circle », lance Ruthann Sibbitt en tendant un dépliant aux passants. Au dos, un message surligné en jaune est sans équivoque : « Pas dans notre municipalité! » Elle invite les gens à contacter le député républicain Mike Collins pour s'opposer à la transformation d'un bâtiment industriel en prison pour migrants.
L'infirmière à la retraite de 72 ans ne se laisse pas décourager par les refus polis de certains piétons. « Ça nous concerne tous », marmonne-t-elle sous son large chapeau blanc. Avec trois autres bénévoles, elle a répondu à l'appel de Gareth Fenley, travailleuse sociale et militante de la région. Sur la rue principale de Monroe, ils profitent d'un festival local pour mobiliser les résidants.
Leur message est clair en ce chaud samedi de juin. « Il faut empêcher l'ouverture de ce centre de détention », affirme Mme Fenley, fondatrice de l'organisme progressiste Indivisible Boldly Blue.
Comment l'administration Trump justifie-t-elle ces centres de détention?
Pour honorer sa promesse d'expulser un million de migrants en un an, l'administration Trump a multiplié les arrestations. Le problème, c'est où loger ces personnes en attente de procédure. Le Département de la Sécurité intérieure (DHS), qui chapeaute les agents de l'ICE, a donc acheté une dizaine d'entrepôts pour les transformer en lieux de détention.
L'un d'eux se trouve à Social Circle, la « meilleure petite ville de Géorgie », comme l'indique une fresque murale bleue en centre-ville. Ce bourg de 5000 âmes, situé à 72 km à l'est d'Atlanta, est devenu la première municipalité à poursuivre le gouvernement fédéral. La ville dénonce l'absence d'une étude sur l'impact environnemental d'un centre pouvant accueillir 10 000 détenus et 2500 employés.
C'est tout un contraste. Contrairement à des États comme le New Jersey ou le Maryland, Social Circle est en plein territoire républicain. La circonscription a donné 72,5 % de ses voix à Donald Trump. « Ça n'a rien à voir avec la politique, ce n'est juste pas un bon choix pour cette communauté », précise le directeur de la Ville, Eric Taylor, dont le poste est non électif.
Quelles sont les inquiétudes locales face à ce projet?
L'entrepôt se trouve dans un secteur industriel, mais tout près d'une école primaire. « J'ai des amis qui ont des enfants à cette école, et ça fait peur, parce que les gens détenus par l'ICE peuvent être de mauvaises personnes », commente Sarah Wallace, une mère de 37 ans croisée dans un parc avec son fils.
Reste que les détentions massives laissent un goût amer à cette résidante. « Les gens qui font ce qu'ils ont à faire, qui travaillent et qui s'occupent de leur famille ne devraient pas être emprisonnés », ajoute celle qui habite la ville depuis 2012. Elle craint aussi de voir sa facture d'eau grimper.
Et pour cause. La Ville a dénoncé le mutisme du gouvernement sur l'approvisionnement en eau potable. L'utilisation actuelle s'approche déjà de la capacité maximale des infrastructures. Comment traiter les eaux usées en triplant la population du coup? La municipalité n'a eu aucune réponse de la part des fonctionnaires fédéraux.
La localité rurale de 38 km2, l'équivalent de l'arrondissement de Saint-Laurent à Montréal, ne compte qu'une seule intersection avec des feux de circulation. L'hôtel de ville, de style victorien avec des berceuses sur le porche, est à quelques pas de là. À 16 km de là, un panneau interdit l'entrée du large entrepôt gris au centre du litige. Aucune activité n'était visible le week-end dernier autour de ce bâtiment neuf, acheté 128,5 millions US à un promoteur. Ce bâtiment devait attirer une entreprise générant des revenus, alors que le fédéral ne paie pas de taxes foncières aux municipalités.
Le DHS a-t-il abandonné le projet de centre de détention?
Le centre devait ouvrir en mai ou juin 2026. Mais l'ICE semble avoir reculé. Dans un courriel, le DHS a justifié son changement de cap.
Le DHS s'est concentré sans relâche sur l'expulsion des criminels étrangers en situation irrégulière les plus dangereux des États-Unis. Ces individus odieux, une fois arrêtés, doivent être expulsés au plus vite et non hébergés sur le sol américain aux frais des contribuables. Le DHS s'efforce d'utiliser au plus vite les centres de détention existants en collaboration avec ses partenaires étatiques et de comté.
Jeudi soir, les représentants de la Ville ont annoncé avoir reçu la confirmation du député Mike Collins que le DHS avait laissé tomber le projet. Selon le New York Times, le DHS veut se débarrasser de sept entrepôts ayant coûté 700 millions US, modifiant sa stratégie sous la pression.
« Nous sommes excités et confiants aujourd'hui, mais bon, on ne sait jamais ce que le DHS fera », réagit Mme Fenley au téléphone. La militante de 64 ans compte demeurer vigilante, consciente que les opérations de détention se poursuivent ailleurs.
Si le DHS changeait d'avis, il aurait un gros problème. Eric Taylor, avec l'appui unanime du conseil municipal, a carrément verrouillé le compteur d'eau de l'entrepôt en mars. « C'est pour protéger nos ressources », a-t-il précisé. Une belle leçon de résistance locale face à l'arrogance d'un État qui croit pouvoir tout imposer sans consulter personne.
La ville de Social Circle a-t-elle gagné sa poursuite contre le DHS?
Oui. Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a abandonné son projet de convertir l'entrepôt de Social Circle en centre de détention pour migrants. La municipalité a confirmé cette victoire après avoir reçu l'avis du député républicain Mike Collins.
Pourquoi la municipalité a-t-elle verrouillé le compteur d'eau?
Le conseil municipal de Social Circle a verrouillé le compteur d'eau de l'entrepôt pour protéger les infrastructures municipales. La capacité du réseau d'aqueduc et d'égouts était déjà presque à son maximum pour les 5000 résidants, rendant impossible l'accueil de 10 000 détenus et 2500 employés sans investissements fédéraux.
Combien d'entrepôts le DHS a-t-il achetés pour la détention des migrants?
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a acheté une dizaine d'entrepôts au pays pour les convertir en centres de détention dans le cadre du programme d'expulsions massives de l'administration Trump. Le DHS tente maintenant de se départir de sept de ces bâtiments, achetés au coût total de 700 millions US.