Féminicide de Rachelle Wrathmall : Ottawa doit agir
Depuis 19 ans, les proches de Rachelle Wrathmall réclament justice. Le suspect présumé de son meurtre, Rafiou Sow, a fui le Canada le 28 juin 2007 pour Casablanca, avant d'être inculpé en Guinée seulement cette semaine. Son entourage demande maintenant au premier ministre Mark Carney d'intervenir diplomatiquement et de resserrer les lois pour éviter qu'un tel féminicide se reproduise.
Un meurtre irrésolu depuis 19 ans
En 2007, Rachelle Wrathmall a été poignardée à mort, vraisemblablement aux mains de son conjoint, Rafiou Sow. Ce dernier a pris la fuite du Canada la veille même où le corps de la victime a été découvert. Les caméras de l'aéroport Montréal-Trudeau l'ont capté au comptoir de Royal Air Maroc, sans réservation, sans bagage, payant son billet en argent comptant. Le véhicule de Rachelle a été retrouvé abandonné non loin de l'aéroport.
La Sûreté du Québec est convaincue de la culpabilité de Rafiou Sow. Malgré cela, l'homme a joui d'une liberté totale pendant près de deux décennies. Ce n'est que jeudi matin qu'il a finalement été inculpé pour meurtre, en Guinée. Un délai inacceptable qui soulève des questions fondamentales sur la capacité de nos institutions à protéger les femmes et à poursuivre les criminels qui fuient le pays.
Pourquoi Rafiou Sow a-t-il pu fuir impunément?
L'enquête sur le meurtre de Rachelle Wrathmall s'est enlisée dès le départ, à cause d'une erreur médicolegale lourde de conséquences. La pathologiste qui a examiné le corps de la victime a déterminé que le décès remontait au matin du 29 juin, alors que Rafiou Sow avait déjà quitté le pays la veille. Cette conclusion a permis au suspect de bénéficier d'un doute raisonnable, et la procureure au dossier a refusé de déposer des accusations.
Le problème est que la détermination de l'heure du décès est une pratique discréditée au sein de la communauté scientifique. Le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal ne l'utilise d'ailleurs plus depuis longtemps. Trop de variables, comme la température ambiante et la masse corporelle, peuvent fausser les changements post-mortem. Les enquêteurs québécois de l'époque estiment avoir été induits en erreur par cette pathologiste. Une faille institutionnelle qui a coûté cher.
Ottawa doit intervenir diplomatiquement
Les cinq signataires de la lettre adressée à Mark Carney demandent que le Canada procède à des interventions diplomatiques auprès des autorités guinéennes et qu'il demande l'activation d'un mandat d'INTERPOL. La Sûreté du Québec a déjà indiqué qu'elle est disposée à collaborer avec les autorités guinéennes par l'entremise d'INTERPOL, si elles en font la demande.
On s'attend à ce que le gouvernement fédéral agisse, mais on prend les devants, en indiquant clairement que nous, familles et amis, souhaitons collaborer : on est prêts à tout faire pour faire avancer l'enquête.
C'est Chantal Morin, une ex-amie de Rachelle, qui résume ainsi la détermination de l'entourage. Une autre proche, Paraskevi Mazarakiotis, renchérit avec une franchise qui force le respect :
Ça fait 19 ans qu'on attend. C'est anxiogène de savoir que [Rafiou Sow] fait sa vie, alors que rien n'a été fait pour Rachelle. C'est le temps pour le Canada d'agir.
Les frontières canado-américaines, une passoire
Les proches de Rachelle Wrathmall soulèvent un autre problème qui devrait nous inquiéter tous et toutes. Dix-neuf ans après les faits, les risques de fuite vers des pays tiers pour les Canadiens auteurs de meurtre restent élevés. La preuve est flagrante quand on regarde la frontière canado-américaine entre Stanstead et Beebe, qui est encore peu sécurisée.
Une autre tragédie comme celle de Rachelle pourrait arriver encore, parce que rien n'a été mis pour l'en empêcher.
clame Paraskevi Mazarakiotis. Elle a raison. C'est inacceptable qu'en 2026, des criminels présumés puissent quitter le territoire aussi facilement. Le gouvernement fédéral doit assumer ses responsabilités en matière de sécurité frontalière.
La loi Gabie Renaud doit être renforcée
Du côté de Québec, les proches comptent aussi s'adresser à la première ministre Christine Fréchette. Ils lui demanderont de renforcer l'application de la loi Gabie Renaud, récemment adoptée, qui permet aux personnes à risque de connaître les antécédents de violence de leur partenaire intime.
Les signataires souhaitent que la portée de cette loi soit étendue aux cas non résolus et qu'elle soit intégrée aux situations internationales. À Ottawa comme à Québec, ils exigent un resserrement des lois sur les crimes violents contre les femmes, sur les féminicides et sur les suspects ayant quitté le territoire.
Le cas de Rachelle est loin d'être isolé. Il faut que justice soit faite : comment est-il possible que quelqu'un puisse quitter le pays après avoir commis un acte criminel, qu'il puisse vivre sa vie impunément ? Ces hommes doivent faire face à leurs gestes.
insiste Chantal Morin, avec la force tranquille de celles qui refusent de baisser les bras.
Les féminicides continuent au Québec
Ces dernières années, l'entourage de Rachelle Wrathmall observe avec amertume l'augmentation du nombre de féminicides au Québec. Paraskevi Mazarakiotis, qui enseigne au secondaire, tente de sensibiliser ses élèves à cette réalité. En classe, elle aborde parfois le meurtre de sa meilleure amie. Récemment, une ancienne élève de deuxième secondaire a repris contact avec elle pour lui dire à quel point le destin tragique de Rachelle l'avait marquée.
Je pense que ça a un impact d'en parler. Je l'espère en tout cas. Les années passent, et les féminicides continuent. Ça me déçoit de voir que l'on n'apprend pas, que rien ne change.
conclut Paraskevi Mazarakiotis. Son constat est dur, mais juste. Combien d'autres vies devront être brisées avant que nos gouvernements prennent ce fléau au sérieux ?
Qu'est-ce que le mandat INTERPOL demandé par les proches?
Les proches de Rachelle Wrathmall demandent au Canada de solliciter l'activation d'un mandat de l'Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) afin de faciliter la coopération entre les autorités canadiennes et guinéennes pour l'arrestation et l'extradition éventuelle de Rafiou Sow.
Pourquoi la pathologiste a-t-elle erré sur l'heure du décès?
La détermination de l'heure de la mort repose sur des changements post-mortem comme la rigidité et les lividités cadavériques, qui sont influencés par de nombreux facteurs, dont la température ambiante et la masse corporelle. Cette pratique est désormais discréditée au sein de la communauté scientifique et n'est plus utilisée au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal.
Qu'est-ce que la loi Gabie Renaud?
La loi Gabie Renaud est une loi québécoise récemment adoptée qui permet aux personnes à risque de demander à connaître les antécédents de violence de leur partenaire intime. Les proches de Rachelle Wrathmall demandent que sa portée soit étendue aux cas non résolus et aux situations internationales.