Zélie aux Francos : la pop sans compromis d'une voix féministe
Zélie a beaucoup écouté Angèle, c'est clair. Mais que l'on ne s'y méprenne pas, sa pop pétillante n'est pas de l'imitation bon marché. Son univers est actuel, tranchant et profondément ancré dans une vérité qui dérange tout en nous donnant envie de danser. C'est exactement le genre de francophonie vivante qu'on aime voir défiler aux Francos de Montréal.
Le rythme dans la peau
À 24 ans, cette Lilloise a toujours eu le feu sacré pour les arts de la scène.
J'étais très théâtre, danse, chant, j'aimais faire des imitations et faire rire ma famille, raconte-t-elle.Il y avait aussi ce besoin viscéral de s'exprimer avec le corps. Alors, elle s'est lancée tôt dans la danse, mais pas juste pour le fun. Elle a suivi un cursus intensif jusqu'à la fin de l'adolescence. Puis, la réalité l'a rattrapée. Trop de discipline, pas assez de place pour sa propre voix. La danse est devenue une cage plutôt qu'un outil d'expression.
Le déclic Angèle
Avant de laisser tomber la danse, Zélie a commencé à composer sur son ordinateur.
J'ai réalisé que c'était la manière de m'exprimer qui me correspondait le plus, se rappelle-t-elle.Ses débuts musicaux coïncident avec un coup de foudre pour Brol, le premier album d'Angèle qui a fait exploser les compteurs en 2018.
Elle faisait de la pop en français et parlait de sujets intimes comme l'anxiété, les réseaux sociaux, l'insomnie, toutes sortes de choses qui nous concernent tous, explique Zélie.Mine de rien, ça a fait tilt. On peut danser sur des thèmes tristes et dire des choses vraies. C'était hyper nouveau pour elle, et c'est exactement ce dont notre époque a besoin.
Une parole de femme qui ne se tait pas
Zélie n'avait pas encore 20 ans quand elle a commencé à mettre des chansons en ligne, dont une reprise d'Au revoir mon amour de Dominique A qui a fait jaser. Il faut faire attention avec les rythmes dansants et les arrangements légers de ses premiers morceaux. Ça cache une profondeur inattendue. Dès son premier album complet, Un million de petits chocs (2024), elle parle de choses qui pèsent lourd. Sa lutte pour être prise au sérieux en tant que femme, les violences sociales et sexuelles qu'elle a subies, et des amours qui ne font pas de distinction de genre.
Avec son deuxième disque, Le cœur et sa dictature, paru en février, le message est clair. Le temps des concessions est révolu.
J'avais besoin de ne pas effleurer les sujets, de les prendre à bras le corps, que ce soit émouvant pour moi et pour les gens, lance-t-elle.C'est le genre de discours militant et sans filtre qui résonne particulièrement fort ici, où la défense des droits des femmes et des minorités est un combat de tous les jours.
Suivre son cœur, coûte que coûte
Qu'est-ce qui la guide? Son cœur, rien d'autre. Zélie se demande parfois si son disque est lourd. Pas du tout. Même dans une chanson comme Ce corps, qui évoque un viol, elle dépose ses mots sur des musiques rythmées aux mélodies simples, mais frappantes. Son chant occupe toujours le centre de la scène.
Cette approche, elle la doit à son coréalisateur, Caméléon.
Il me disait que, quoi qu'il arrive, il fallait qu'on ait l'impression que c'est moi qui porte les chansons, pas la musique derrière. Il ne voulait pas que je sois camouflée, raconte la chanteuse.Vu son besoin de réappropriation de son projet, c'est une démarche profondément féministe et pertinente.
Il y a aussi derrière tout ça un désir de transcender la réalité, de s'en libérer.
Je serai celle qui essaye d'être une grande / Viser le ciel sans qu'on lui demande / Veux-tu le toucher? / Je veux le toucher, moi,chante-t-elle dans Je ne serai jamais, un morceau à l'architecture pop emballante.
Rendez-vous aux Francos
Zélie s'amène aux Francos accompagnée de trois musiciens, ce qui lui permet de vraiment reproduire les côtés organique et électronique de l'album.
C'est un show très dansé, très chorégraphié, ajoute-t-elle. Il y a de la danse hip-hop et contemporaine.
La chanteuse précise qu'elle s'exprime aussi beaucoup sur scène, qu'elle échange avec le public et se laisse porter par l'énergie du moment.
C'est un show où on chante, on danse, on pleure, poursuit-elle. J'aime beaucoup quand il se passe des choses qui ne sont pas prévues. C'est très humain et très haut en couleur!
Un spectacle à ne pas manquer pour celles et ceux qui croient en la force de la francophonie et en la libération de la parole féminine. Sur la scène Rogers, samedi 13 juin, à 19 h, juste avant Ariane Roy.