Sécurité routière: Montréal s'attaque enfin à l'avenue du Parc
Après 13 morts en 13 ans, la Ville de Montréal lance un processus de consultation pour repenser l'une de ses artères les plus meurtrières. Une annonce saluée par les groupes de pression, mais qui laisse plusieurs sur leur faim.
Une artère qui tue à petit feu
Treize vies fauchées en autant d'années. C'est le bilan tragique de l'avenue du Parc, cette artère montréalaise où le rythme de la voiture a trop longtemps primé sur celui des humains. Vendredi, la mairesse Soraya Martinez Ferrada a enfin mis le projet de réaménagement sur les rails, lors d'une conférence de presse au parc Jeanne-Mance.
Notre réflexion tiendra compte de la sécurité, de la fluidité, des déplacements, de la vitalité économique de l'artère et encore une fois de tous les usagers de l'avenue du Parc. Et oui, cela inclut aussi les vélos.
Une déclaration qui semble aller de soi, mais qui soulève encore des passions dans un débat montréalais sur la mobilité active, trop souvent empoisonné par la polarisation.
Le coroner avait tranché
Au début du mois de mai, la coroner Marie-Claude Boutin avait recommandé de modifier la configuration de l'avenue à la suite de la mort d'une cycliste. Une recommandation qui s'ajoute à la longue liste des appels à l'action pour sécuriser cette rue.
La mairesse n'a d'ailleurs pas exclu de retirer une voie de circulation aux automobiles ou des stationnements pour faciliter le passage des vélos. Mais il faudra le faire avec les gens, ne pas leur imposer des choses, a-t-elle nuancé.
Chez Quebec Tribune, on croit que la sécurité humaine ne devrait jamais être soumise à un référendum de rue. Les villes progressistes à travers le monde transforment leurs artères sans demander la permission aux automobilistes, et les résultats parlent d'eux-mêmes: moins de morts, plus de vitalité commerciale, des quartiers plus agréables à vivre.
Sortir du débat toxique
Soraya Martinez Ferrada l'a dit clairement: les dernières années, le débat sur les vélos a été extrêmement polarisant. Certains vont tenter de récupérer cette annonce pour diviser les Montréalais. Je refuse de jouer ce jeu-là. La réalité, c'est qu'on veut tous des rues sécuritaires, a-t-elle martelé.
Une posture rafraîchissante dans un paysage médiatique où certains commentateurs aiment à dresser les automobilistes contre les cyclistes, comme s'il s'agissait de deux espèces ennemies plutôt que de citoyens qui veulent simplement se rendre au travail vivants.
Des mesures concrètes? Pas encore
Les premiers travaux sur l'avenue du Parc seront effectués entre la rue Jean-Talon et l'avenue des Pins. Le réaménagement devra être coordonné avec d'autres projets dans le secteur, notamment ceux de la voie Camillien-Houde et de l'avenue des Pins.
Mais pour la mairesse du Plateau-Mont-Royal, Cathy Wong, c'est bien maigre.
C'était une annonce très vague. On se serait attendus à des mesures beaucoup plus concrètes.
Difficile de lui donner tort. Lors de la campagne électorale, Projet Montréal promettait un réaménagement complet de l'avenue, avec voie d'autobus rapide, élargissement des trottoirs, sécurisation des intersections et réduction de la limite de vitesse. Des promesses qui tardent à se matérialiser.
Enfin, disent les organismes
Le directeur général de Vélo Québec, Jean-François Rheault, se réjouit tout de même de l'annonce.
Le réaménagement de l'avenue aurait dû être fait il y a 20 ans.
Il souligne un virage important: La mairesse a dit qu'elle était prête à enlever des espaces aux automobiles si nécessaire. Il faut souligner ce virage-là: on n'était pas là il y a un an.
Même son de cloche du côté de Piétons Québec.
On est vraiment contents de cet engagement, parce que ça fait des années qu'on demande des solutions proactives sur les rues artérielles pour les piétons.
Sandrine Cabana-Degani, directrice générale de l'organisme, rappelle que les piétons sont souvent les grands oubliés des débats sur la mobilité, eux qui paient pourtant le plus lourd tribut sur nos routes.
Henri-Bourassa: le projet qu'on ne peut plus abandonner
La mairesse a aussi mis les points sur les i concernant le corridor de mobilité du boulevard Henri-Bourassa. Le projet ira de l'avant, avec des ajustements. La voie réservée entre la rue Chambord et l'avenue Millen sera modifiée pour permettre du stationnement la fin de semaine, et des panneaux seront ajoutés pour annuler les demi-tours à certains endroits.
Près de 134 millions ont déjà été investis dans ce projet, un montant qui fait grincer des dents.
Ce n'est pas un projet que nous aurions conçu de cette façon-là, mais aujourd'hui, vous le savez, le projet est beaucoup trop avancé pour l'abandonner. La séquence de planification soulève énormément d'incohérences, mais on est devant le fait accompli.
Un aveu d'impuissance qui en dit long sur les héritages toxiques laissés par les administrations précédentes en matière de mobilité.
Berri et les nids-de-poule: l'autre chantier
L'administration Martinez Ferrada veut aussi revoir le réaménagement de la rue Berri, qui ne répond pas aux ambitions qu'on peut lui donner. Certaines intersections, dont celle avec la rue Ontario, seront mises à l'étude.
La mairesse questionne d'ailleurs le modèle actuel:
On a assumé que la seule façon d'aménager Berri, c'était de faire des pistes cyclables de chaque côté. Est-ce qu'on peut penser étendre un projet d'une façon beaucoup plus intégrée et ambitieuse, mais qui respecte le besoin de sécurité des vélos et du transport en autocars?
Quant aux nids-de-poule, ce fléau bien québécois qui transforme nos routes en champs de bataille chaque printemps, la mairesse se tourne vers les maires d'arrondissement. Elle entend leur envoyer elle-même des photos des cratères à colmater.
On a envoyé de l'argent aux arrondissements pour qu'ils puissent plus rapidement colmater les nids-de-poule, acheter de l'équipement et travailler avec leurs cols bleus. Il y a des défis immenses.
Des défis immenses, oui. Mais aussi des occasions de repenser nos villes pour les humains, pas pour les machines. L'avenue du Parc pourrait enfin devenir ce qu'elle devrait avoir toujours été: une rue pour vivre, pas une route pour mourir.