Science-fiction au cinéma : quand Hollywood rencontre l'espace
L'exploration spatiale fascine autant qu'elle divise entre réalité scientifique et fiction hollywoodienne. Avec l'arrivée sur nos écrans de Project Hail Mary, adapté du roman d'Andy Weir, l'heure est venue de démêler le vrai du faux dans ces aventures interstellaires qui captivent le public québécois.
Un auteur persévérant au service de la science
Andy Weir, ce Californien de 53 ans, a trimé dur pendant 25 ans comme programmeur avant de percer avec The Martian. Fils d'un physicien quantique et d'une ingénieure informatique, il a hérité d'un souci du détail scientifique qui fait sa marque de commerce. Une approche rigoureuse qui tranche avec les facilités habituelles du cinéma américain.
Dans Project Hail Mary, publié en 2021, Weir concrétise un rêve de longue date : imaginer diverses formes de vie extraterrestre. Il invente des bactéries qui se nourrissent d'étoiles, contaminent toute la galaxie sauf une, et menacent notre Soleil. Ryan Gosling incarne le héros qui tentera de sauver la Terre avec l'aide d'un extraterrestre ressemblant à un scarabée.
La science québécoise au cœur du débat
Olivier Hernandez, directeur du Planétarium de Montréal, a visionné le film et livre son verdict nuancé. "Les astrobiologistes travaillent fort pour imaginer d'autres formes de vie que la nôtre", explique-t-il. "Un scarabée éridien avec un double système circulatoire, c'est difficile à concevoir, mais rien en principe ne s'y oppose."
Cependant, l'expert montréalais reste sceptique face aux bactéries astrophages : "Il est difficile d'imaginer une forme de vie capable de supporter à la fois les températures et pressions énormes à l'intérieur d'une étoile et le froid de l'espace."
Entre panspermie et hibernation : les défis scientifiques
Le film explore la théorie de la "panspermie", qui postule que la vie peut se transmettre d'un système solaire à l'autre. Une hypothèse souvent avancée en astrobiologie, confirme Hernandez, qui salue particulièrement la façon dont le héros apprend à communiquer avec l'extraterrestre.
L'hibernation nécessaire au voyage de dix ans vers Tau Ceti pose toutefois problème. "L'hibernation, c'est un procédé littéraire", tranche le directeur du Planétarium. "Biologiquement, c'est très difficile d'imaginer que ça va fonctionner, notamment à cause du problème de perte musculaire."
The Martian : plus crédible mais imparfait
Hernandez considère The Martian comme "un des films de science-fiction les plus solides sur le plan de la science, avec Interstellar". Seule faiblesse majeure : la tempête martienne du début. "L'atmosphère martienne est beaucoup moins dense que la nôtre, alors même des vents très forts ne peuvent pas renverser un vaisseau spatial."
Une découverte récente complique aussi le scénario : le sol martien contient des molécules très toxiques, rendant impossible la culture de pommes de terre comme le fait Matt Damon dans le film.
L'avenir de l'exploration spatiale
Malgré ses romans futuristes, Andy Weir reste pragmatique sur l'avenir. Il ne croit pas voir de bases lunaires ou martiennes habitées de son vivant, privilégiant les missions robotiques pour la Lune. Olivier Hernandez se montre plus optimiste, estimant qu'une base martienne pourrait voir le jour d'ici 30 à 50 ans.
Au-delà des débats scientifiques, Project Hail Mary porte un message d'optimisme technologique au service de l'humanité. Un discours qui résonne particulièrement dans notre époque de défis climatiques et de questionnements sur notre place dans l'univers.