L'Afrique intensifie sa répression contre la communauté LGBTQ+
Une vague de répression sans précédent frappe la communauté LGBTQ+ à travers l'Afrique. Du Sénégal au Ghana en passant par l'Ouganda, les parlements adoptent des lois draconiennes qui criminalisent l'homosexualité et menacent les droits fondamentaux de millions de personnes.
Ouganda : Deux femmes emprisonnées pour s'être embrassées
L'affaire qui secoue actuellement l'Ouganda illustre parfaitement cette dérive autoritaire. Wendy Faith, une musicienne de 22 ans, et Alesi Diana Denise, 21 ans, ont été arrêtées après avoir été vues s'embrassant en public. Leur appartement a été fouillé suite à des « informations » transmises par des voisins dénonçant des « actes inhabituels ».
Libérées une première fois sous cautionnement après une semaine de détention, elles ont été arrêtées de nouveau quelques heures plus tard. Les autorités craignent qu'elles tentent de fuir le pays, ce qui en dit long sur la gravité de leur situation.
Frank Mugisha, directeur de Sexual Minorities Uganda, dénonce cette injustice sur les réseaux sociaux : « Elles n'ont commis aucun crime et devraient être avec leurs familles et leurs amis, pas en prison. »
Des lois parmi les plus sévères au monde
L'Ouganda dispose depuis 2023 d'une des législations les plus répressives de la planète. Cette loi prévoit l'emprisonnement à vie pour les relations homosexuelles et la peine de mort pour les actes « aggravés » impliquant des mineurs, des personnes âgées ou handicapées.
Les conséquences sont dramatiques. Le Human Rights Awareness and Promotion Forum rapporte près d'un millier d'interventions depuis l'adoption de cette loi. « Des gens sont arrêtés, harcelés, évincés de leur appartement à cause de la loi », déplore Oryem Nyeko, analyste de Human Rights Watch.
Le Sénégal et le Ghana emboîtent le pas
Cette répression s'étend désormais à d'autres pays. Le Sénégal vient d'adopter à l'unanimité (135 voix contre 0) un projet de loi durcissant la répression des « actes contre nature ». Le texte sanctionne « l'homosexualité, la bisexualité, la transsexualité et la zoophilie » avec des peines de 5 à 10 ans d'emprisonnement et des amendes pouvant atteindre 25 000 dollars.
« Ici dans notre Afrique, dans notre Sénégal, nous n'acceptons pas cette homosexualité. Ce n'est pas dans notre culture », a déclaré la députée Fama Ba, résumant l'état d'esprit qui prévaut.
Au Ghana, un projet de loi similaire prévoit trois ans d'emprisonnement pour toute personne s'identifiant comme homosexuelle. Le nouveau président John Dramani Mahama est maintenant appelé à le promulguer.
Une discrimination institutionnalisée
Selon Amnistie internationale, plus d'une trentaine de pays africains sur 54 criminalisent les relations homosexuelles. Cette situation alarme la communauté internationale.
Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, s'est dit « profondément préoccupé » par ces projets de loi « néfastes » et appelle les dirigeants africains à ne pas les promulguer.
Pour les analystes, cette répression s'explique par un mélange de facteurs religieux, culturels et politiques. Les dirigeants voient dans la communauté LGBTQ+ « une cible facile pour se faire valoir » auprès de populations souvent conservatrices.
Cette dérive autoritaire représente un recul majeur pour les droits humains sur le continent africain et menace la sécurité de millions de personnes LGBTQ+ contraintes de vivre dans la clandestinité.