Rodger Brulotte: l'irremplaçable géant du sport québécois nous a quittés
Le Québec vient de perdre l'une de ses voix les plus emblématiques. Rodger Brulotte, ce géant de 5 pieds 4 pouces qui a marqué des générations de sportifs et de chroniqueurs, s'est éteint après un long combat contre la maladie.
Il serait le premier à rigoler qu'on parle de sa taille pour amorcer cet hommage. Lui qui aimait raconter qu'avec Cole Caufield, il pouvait enfin regarder un joueur du Canadien dans les yeux, incarnait parfaitement cette expression « plus grand que nature ».
Un rassembleur exceptionnel
Pour ceux qui se demandaient comment était vraiment Rodger, sachez qu'il était dix fois plus gentil que ce dont il avait l'air publiquement. La dernière fois qu'on l'a croisé au McDo pour un café, impossible de lui parler tant les gens voulaient leur selfie avec lui. Et jamais il ne refusait.
C'était l'un des plus grands rassembleurs qu'on puisse connaître. Il arrivait à être ami avec tout le monde. Si quelqu'un pouvait être intimidé de le rencontrer, trois secondes après, il ne l'était plus. Sa façon de rencontrer les gens, c'était de l'art pur. Il n'y avait que lui pour faire ça.
Son carnet de contacts était probablement le mieux garni au Québec. Vous vouliez parler à Brad Pitt, à Paul McCartney ou à n'importe quelle personnalité? Demandez à Rodger, il avait sûrement son numéro.
Le regret des Expos
Le plus gros échec de sa vie, selon lui, c'était de n'avoir pas trouvé un moyen de garder les Expos à Montréal. Un fardeau qu'il n'avait pourtant aucune raison de porter.
« Je le sais, mais je le regrette quand même », disait-il.
Car au contraire, Rodger a eu un rôle majeur dans la popularité du baseball au Québec. D'abord grâce à son implication médiatique avec les Expos. Il a été l'un des premiers commentateurs sportifs québécois à amener de la couleur, du spectacle et de la passion débordante sur nos écrans.
Il s'est aussi beaucoup impliqué dans le baseball québécois, notamment comme président de la Ligue de baseball junior élite du Québec. Quand il fallait régler un problème, on passait d'une chicane à rire ensemble en trois minutes.
Un combat courageux
Depuis le début de son hospitalisation, Rodger ne se plaignait jamais. Quand il a annoncé qu'il devait se faire opérer pour une tumeur en septembre dernier, c'était la première fois qu'on l'entendait pleurer. La première fois que sa voix n'était plus celle qu'on connaissait tous.
À travers les complications, les bonnes et mauvaises nouvelles, Rodger restait positif. Il était touché par tous ceux qui venaient le voir. Ses vieux chums qui apportaient des déjeuners copieux qu'il était content de recevoir mais qu'il ne mangeait pratiquement pas.
Pierre Karl Péladeau lui avait apporté une tablette électronique au début de son hospitalisation. Il était tellement content, ça lui permettait de suivre les Blue Jays en séries. Mais il trouvait ça compliqué. C'est Pascale, son épouse, qui l'aidait. On entendait Rodger chialer et réclamer le technicien informatique de l'hôpital.
D'ailleurs, quelle admiration pour Pascale, qui était chaque jour avec lui. Quand on en parlait avec Rodger, il se mettait à brailler. Une sainte, cette personne.
Jusqu'à la fin, passionné
Quand on se parlait, il ne voulait pas tant parler de ce qui lui arrivait. Il disait que ça allait mieux et ne voulait pas que ça tourne autour de lui. Il voulait qu'on parle de baseball, des Jeux olympiques ou du Canadien.
On a jasé une bonne heure avant la Classique mondiale de baseball. Il disait qu'il serait prêt pour le début de saison des Blue Jays comme analyste. Difficile de savoir s'il le croyait vraiment, mais ça montre que jusqu'à la fin, Rodger se battait.
C'était fou tout ce qu'il faisait à 79 ans. Chroniqueur au Journal, baseball à la télé, invité dans plein d'émissions... Il dormait 4 heures par nuit avec son petit dodo dans l'auto qu'il faisait toujours l'après-midi. Il était inarrêtable. Il aimait être avec le monde.
Tout ça sans n'avoir jamais pris une seule goutte d'alcool de sa vie, mais en ayant mangé beaucoup trop de nourriture de stade de baseball, lançait-il souvent en riant.
« Bonsoir, il est parti »
C'est à nous que Rodger avait confié qu'il voulait, à sa mort, que le titre soit: « Bonsoir, il est parti ». C'est le souvenir le plus important qu'il voulait laisser.
« Je suis très sérieux. Je suis tellement choyé, tu n'imagines pas, chaque jour, combien de fois on m'aborde encore en me disant: