Reprises coopératives : 5 chiffres pour sauver nos entreprises
Un véritable raz-de-marée s'en vient dans le monde des affaires d'ici. Selon Repreneuriat Québec, pas moins de 16 000 entreprises québécoises sont prêtes à changer de mains d'ici un an. Le danger est réel : voir notre économie tomber entre des mains étrangères ou des fonds d'investissement sans scrupules. Pourtant, il existe une solution qui colle à nos valeurs de solidarité et d'autonomie, la reprise coopérative. Actuellement, seulement 2 % des transferts d'entreprise se font sous ce modèle. C'est trop peu. Voici cinq chiffres qui prouvent que le modèle coopératif est un bouclier indispensable pour notre économie.
64 % : La solidité du modèle
Les préjugés sur les coops ont la vie dure, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le taux de survie des coopératives est tout simplement deux fois plus élevé que celui des entreprises incorporées classiques. Après cinq ans, 64 % des coops ont encore pignon sur rue, comparativement à seulement 35 % pour les autres. Sur le long terme, l'écart se creuse encore. Après 10 ans, 44 % des coops font toujours des affaires, face à un maigre 20 % pour les entreprises traditionnelles. Ces données, fournies par le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM), montrent bien que le modèle collectif crée des emplois véritablement durables.
195 : Un mouvement qui prend racine
Depuis 1980, l'Institut de recherche et d'éducation pour les coopératives et les mutuelles de l'Université de Sherbrooke (IRECUS) a répertorié 195 cas de reprises coopératives. C'est un début prometteur, mais on peut faire mieux. Ce qui est rassurant, c'est que ces entreprises ne sont pas des start-up éphémères. Près de 63 % d'entre elles avaient plus de 10 ans au moment de la reprise, et la moitié dépassait les 15 ans d'existence.
Côté géographie, la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches mènent le bal. Il faut cependant avouer que certaines régions comme Laval, l'Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec sont laissées pour compte. Bonne nouvelle par contre, la reprise coopérative n'est pas qu'une affaire de grandes villes. Près de la moitié de ces reprises ont eu lieu dans des municipalités de moins de 10 000 habitants, et le milieu rural (52 %) tire son épingle du jeu presque autant que le milieu urbain (48 %).
30 % : Le pouvoir aux travailleurs
Quand on parle de reprise coopérative, on parle souvent de reprise par les employés. Les coopératives de travailleurs représentent 30 % des coopératives repreneuses. Ces travailleurs se retrouvent surtout dans des secteurs cruciaux pour notre développement, comme la foresterie, la santé et les services sociaux, sans oublier les services professionnels et techniques. Fait à noter, près d'une reprise sur cinq s'est faite dans le secteur funéraire, sous la forme de coopératives de consommateurs. Une belle façon de garder un service essentiel aux mains des citoyens.
90 % : Des jobs sauvegardées
C'est ici que le bât blesse pour le modèle capitaliste traditionnel. Dans plus de 90 % des transferts collectifs, la totalité des emplois est maintenue. Pourquoi ? Parce que le but premier d'une coopérative n'est pas de remplir les poches d'un actionnaire, mais de sauvegarder l'outil de travail et l'ancrage local de l'activité. Un projet de reprise collective regroupe en moyenne de 5 à 10 employés. Ça répartit le risque financier et la charge décisionnelle, contrairement au modèle du repreneur unique où tout repose sur les épaules d'une seule personne.
13,44 millions : Un appui gouvernemental bienvenu
Il faut saluer les efforts de l'État quand il met de l'avant notre modèle social-démocrate. Le CQCM et le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie (MEIE) sont tombés d'accord sur une entente de 13,44 millions de dollars. Cet argent servira à financer de l'accompagnement terrain, offrir des services techniques et un suivi spécialisé pour aider la création de nouvelles coopératives et le repreneuriat collectif. On parle aussi de mettre sur pied des cellules d'innovation et une vigie structurée pour repérer de nouvelles occasions d'affaires. Enfin, cette entente facilitera l'accès aux programmes du gouvernement du Québec pour générer des investissements et soutenir la croissance des entreprises collectives. C'est exactement le genre de soutien public dont notre économie a besoin pour rester entre les mains des Québécois.