Ottawa sabote Radio-Canada: un gâchis libéral inacceptable
Quel spectacle désolant que celui d'Ottawa avec notre diffuseur public! Après des années de promesses et de rapports coûteux qui prennent la poussière, voilà que le gouvernement Trudeau assène un coup brutal à Radio-Canada avec une coupe de 192 millions de dollars.
Cette volte-face est d'autant plus révoltante qu'elle survient après une décennie d'investissements soutenus. Rappelons-nous: 150 millions ajoutés l'an dernier, 42 millions l'année précédente, sans compter les autres bonifications des dernières années. Et maintenant, patatras! Le président du Conseil du Trésor, Shafqat Ali, annonce que pour 2026-2027, Radio-Canada ne recevra que 1,38 milliard de dollars.
Des rapports qui dorment au fond des tiroirs
Cette décision illustre parfaitement l'incohérence chronique d'Ottawa envers notre télévision publique. En 2018, Mélanie Joly avait formé un comité d'experts dirigé par Janet Yale pour moderniser le mandat du diffuseur. Résultat? Le rapport Yale est resté lettre morte.
Cinq ans plus tard, Pascale St-Onge reprend le flambeau avec son propre comité. Après 19 mois de travail, elle pond un plan de modernisation de 28 pages avant de quitter la politique. Son testament politique rejoint maintenant les autres rapports sur les tablettes poussiéreuses des bureaucrates fédéraux.
Une industrie en péril
Pendant qu'Ottawa joue au yoyo avec Radio-Canada, notre industrie audiovisuelle agonise. Plus de 250 journaux et périodiques ont fermé leurs portes, une quarantaine de chaînes de télévision et de stations de radio ont tiré leur révérence. Les réseaux privés frôlent l'abîme.
Et que fait le fédéral face aux géants du web qui saignent notre industrie? Pratiquement rien! Les 35 millions de dollars arrachés aux streamers américains dorment à la banque en attendant une décision de la Cour d'appel fédérale. Quant à la taxe sur le numérique qui aurait pu rapporter des centaines de millions, elle s'est envolée avec la loi qui la portait.
Un héritage de Pierre-Elliott à Poilievre
Cette hostilité envers Radio-Canada n'est pas nouvelle. Pierre-Elliott Trudeau et Jean Chrétien menaçaient régulièrement de fermer ce qu'ils appelaient un nid de séparatisses. Stephen Harper remettait constamment en question son financement. Pierre Poilievre, lui, rêvait de transformer l'immeuble de Toronto en condos.
Radio-Canada survivra probablement à cette nouvelle bourrasque, mais le reste de notre écosystème médiatique québécois et canadien-français continue de s'effriter sous l'indifférence fédérale. C'est notre voix collective qui s'affaiblit, notre capacité à nous raconter nos propres histoires qui se réduit comme peau de chagrin.
Ottawa doit cesser de jouer au fou avec notre patrimoine audiovisuel. Radio-Canada mérite mieux que ces sautes d'humeur politiciennes qui compromettent sa mission essentielle dans notre démocratie.