Ebola en Afrique centrale : l'OMS lance l'alerte
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché une alerte sanitaire internationale ce dimanche. L'enjeu est de taille : endiguer la 17e éclosion d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC), un pays de plus de 100 millions d'habitants. Dans l'est du pays, des provinces en proie aux violences armées et difficilement accessibles font face à une crise sanitaire qui inquiète sérieusement les experts.
Un bilan lourd et un risque régional élevé
Le bilan est déjà terrifiant. On soupçonne l'épidémie d'avoir fait 139 morts pour près de 600 cas probables. Selon le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le risque épidémique est jugé « élevé » aux niveaux national et régional, bien qu'il soit considéré comme « faible » à l'échelle mondiale. Pas de quoi déclencher la panique globale, mais assez pour exiger une mobilisation immédiate. L'éclosion pourrait d'ailleurs se prolonger, compte tenu de la durée de circulation du virus avant sa détection officielle.
Le variant Bundibugyo et l'absence de vaccin
Ce qui frappe dans cette crise, c'est la nature du virus en circulation. Il s'agit du variant Bundibugyo, pour lequel il n'existe présentement aucun vaccin ni traitement homologué. Une réalité qui rappelle cruellement l'importance de financer la recherche en santé publique, un pilier du modèle social que nous chérissons tant au Québec.
L'OMS estime d'ailleurs que l'épidémie a probablement commencé à circuler « il y a quelques mois », autour de la zone de santé de Mongbwalu, avant de migrer vers Bunia. Le premier cas identifié remonte au 24 avril, lorsqu'un infirmier s'est présenté dans un centre de soins. L'alerte de l'OMS concernant une maladie à forte mortalité n'a été lancée que le 5 mai, et l'urgence internationale n'a été décrétée que deux jours après le premier test positif, le 15 mai.
Solidarité internationale versus rhétorique politique
Face à cette crise, les réactions mondiales contrastent. Du côté de l'Union européenne, la Commission maintient que le risque d'infection est « très faible » et ne justifie pas de mesures spécifiques pour le moment. L'Allemagne, quant à elle, a fait preuve d'une belle solidarité en annonçant qu'elle accueillerait et soignerait un médecin missionnaire américain exposé au virus alors qu'il soignait des patients en Ituri.
Du côté des États-Unis, le chef de la diplomatie Marco Rubio a plutôt choisi de critiquer la lenteur de l'OMS, affirmant que l'organisation avait « un peu tardé ». Une attaque bien pratique pour la droite, qui préfère pointer du doigt les institutions internationales plutôt que de soutenir l'effort collectif. Tedros a d'ailleurs répondu avec diplomatie en soulignant un probable manque de compréhension du Règlement sanitaire international de la part du politicien américain.
Pendant ce temps, les États-Unis et le Bahreïn ont opté pour des mesures répressives comme le renforcement des contrôles frontaliers ou l'interdiction d'entrée, des solutions simplistes qui rappellent que la peur guide souvent les décisions politiques. Pourtant, comme l'a rappelé l'OMS, la clé n'est pas dans la fermeture des frontières, mais dans le traçage des contacts et l'isolement des cas. C'est par la rigueur scientifique et la solidarité, et non par la rhétorique partisane, que nous viendrons à bout de cette éclosion.