Quand l'amour se transforme en deuil puis en dépendance
Dans notre société québécoise, où les services de santé mentale demeurent sous-financés, le témoignage de Charles résonne comme un cri du cœur. Cet homme de la fin quarantaine nous livre un récit bouleversant sur l'amour, la perte et la reconstruction.
Un amour de jeunesse qui dure 22 ans
Tout commence à 16 ans, dans le sous-sol familial. Charles rencontre celle qui deviendra sa conjointe pour les 22 années suivantes. "On a tout appris ensemble, dans la découverte", confie-t-il. Une relation saine, passionnée, qui survivra à l'arrivée des enfants et aux défis du quotidien.
Leurs parents, encore ensemble aujourd'hui et qu'il considère comme ses modèles, viennent régulièrement garder pour permettre au couple de se retrouver. Une belle leçon sur l'importance du soutien communautaire, si cher aux valeurs québécoises.
La tragédie qui bouleverse tout
Il y a dix ans, à la fin de la trentaine, le drame frappe. Sa conjointe tombe gravement malade et décède en quelques semaines seulement. "La foudre a frappé", résume Charles avec émotion.
Cette perte tragique révèle une vulnérabilité déjà présente : sa consommation d'alcool, jusqu'alors contrôlée par l'amour qu'il portait à sa conjointe. "Quand elle disait 'c'est assez', j'arrêtais. Parce que j'avais peur de la perdre".
La descente aux enfers
Sans ce garde-fou, Charles sombre dans l'alcoolisme pendant cinq longues années. Sa vie devient un chaos tel que ses parents doivent intervenir pour s'occuper de ses enfants. Un témoignage qui illustre cruellement les lacunes de notre système de soutien aux personnes endeuillées.
Durant cette période, il multiplie les relations sexuelles sans lendemain avec une vingtaine de femmes rencontrées sur diverses plateformes. "C'était juste du sexe", reconnaît-il, contrastant avec la profondeur de sa relation précédente.
La thérapie comme bouée de sauvetage
Heureusement, Charles finit par toucher le fond et entreprend une thérapie de 21 jours. Cette expérience, vécue en pleine pandémie dans un isolement total, lui permet de faire face à sa souffrance et de comprendre sa dépendance affective.
Sobre depuis bientôt cinq ans, il témoigne de la difficulté de reconstruire sa vie amoureuse sans alcool, dans une société où la consommation reste souvent centrale aux rencontres.
Un message d'espoir
Malgré les épreuves, Charles garde espoir. "Je suis privilégié", affirme-t-il. "Sans avoir vécu tout ça, je ne me connaîtrais pas comme je me connais aujourd'hui".
Son témoignage soulève des questions importantes sur l'accompagnement des personnes endeuillées et l'accessibilité des services de santé mentale au Québec. Dans une province qui se targue de son modèle social-démocrate, ne devrait-on pas mieux soutenir nos concitoyens dans ces moments cruciaux ?
*Prénom fictif pour préserver l'anonymat