Lumière rouge pour la peau : miracle ou mirage?
La thérapie par lumière rouge a la cote partout au Québec. Des influenceuses en font l'éloge sur les réseaux sociaux, des pommeaux de douche la diffusent et on la projète même dans certains cours de yoga à Montréal. Mais qu'en est-il vraiment?
Un engouement propulsé par les réseaux
Sur Instagram et TikTok, les routines beauté des influenceuses incluent presque systématiquement une exposition à la lumière rouge. C'est un traitement non invasif utilisé depuis belle lurette dans le milieu de l'esthétique, mais dont l'accès s'est démocratisé avec l'arrivée de masques qu'on peut utiliser chez nous. Le hic, c'est que ces engins coûtent des centaines de dollars.
La lumière rouge permettrait de stimuler la production de collagène et d'élastine, ce qui donne à la peau son apparence ferme. Elle réduirait aussi l'inflammation et favoriserait la régénération cellulaire ainsi que la circulation sanguine. Ses bienfaits reposent sur des bases scientifiques, mais son efficacité dépend de plusieurs facteurs bien précis, explique la Dre Marie-Caroline Sylvestre, médecin omnipraticienne formée en médico-esthétique.
Scepticisme et sagesse québécoise
Geneviève Pettersen est parfois vue sur Instagram avec son masque à lumière rouge. L'écrivaine et chroniqueuse, qui a souvent vu passer le produit en ligne, l'a d'abord considéré avec un scepticisme bien de chez nous.
Je regardais ce qu'on pouvait trouver dans les études, mais la plupart sont payées par les entreprises qui vendent les produits. Et parmi les gens qui le conseillaient sur TikTok, même certains qui se présentent comme des médecins ont parfois des partenariats avec les marques.
Il existe plus de contrefaçons que de masques dont les caractéristiques répondent aux standards d'efficacité. Geneviève Pettersen a toutefois constaté que certains masques ont l'approbation de la Food and Drug Administration (FDA) ou de Santé Canada, un sceau de confiance qui a du poids.
Quand il y a eu un gros rabais du Boxing Day, j'ai décidé de l'essayer.
Une étape de la routine beauté, mais à quel prix?
Alors, est-ce que la lumière rouge fonctionne? Pour Geneviève Pettersen, oui. Elle a constaté une différence sur sa peau, et sa fille a vu son acné s'améliorer grâce à son masque.
Cela fait plusieurs années qu'on parle, dans le milieu médico-esthétique, des bénéfices de la photobiomodulation, soit le principe selon lequel la lumière peut moduler le comportement des cellules et des tissus. Et avoir l'appareil à la maison est une option intéressante pour les consommateurs.
Mais dans une industrie basée sur nos insécurités, un tel outil miracle pourrait pousser à dépenser de l'argent qu'on n'a pas, soulève toutefois Geneviève Pettersen. C'est un discours rafraîchissant dans un univers où la pression est forte.
Je ne veux pas que les filles se disent qu'elles en ont besoin. Je fais des injections et j'ai du Botox. Je ne voudrais pas que quelqu'un me regarde et se dise que c'est le masque!
Ne pas acheter des promesses, mais des paramètres
Le Dr Daniel Barolet, dermatologue spécialisé en interventions au laser, voit bien comment les réseaux sociaux moussent l'intérêt envers les thérapies par la lumière. Mais il trouve que le marché est saturé d'outils qui ne fonctionnent pas.
Il ne faut pas acheter des promesses, mais des paramètres. Le marketing vend du rêve, mais la science demande des chiffres.
La Dre Marie-Caroline Sylvestre donne le même avertissement qu'à ses clients. Tous les dispositifs ne sont pas égaux et le marketing des outils de lumière rouge omet souvent des éléments importants pour juger de leur efficacité. On parle souvent seulement de la longueur d'onde, qui détermine la couleur de la lumière. Les lumières bleue, rouge ou proche infrarouge, les plus utilisées en esthétique, atteignent des profondeurs différentes de la peau et ont ainsi des effets distincts.
Mais la longueur d'onde ne suffit pas à déterminer l'efficacité. Deux appareils peuvent avoir la même couleur de lumière, mais donner deux résultats différents selon la puissance et la dose reçue, ajoute-t-elle, introduisant les concepts d'irradiance et de fluence.
Dans une salle de yoga ou sous un pommeau de douche, c'est bon pour l'ambiance, mais c'est tout. La distance est trop élevée par rapport à la source de lumière.
Quant à la fluence, soit la dose reçue, il y a une zone optimale. Elle peut être trop peu efficace ou trop forte et inhiber les effets bénéfiques. Or, peu de fabricants fournissent ces informations, pourtant essentielles pour bien choisir son masque. Pour le Dr Barolet, un bon appareil doit afficher clairement les spécifications et les instructions d'utilisation.
Des résultats réels, sans miracles
De manière générale, la lumière rouge, utilisée de façon constante, prudente et sur une longue période avec un outil de qualité, est une option intéressante pour les personnes cherchant à améliorer l'apparence de leur peau, que ce soit pour l'augmentation de l'élasticité ou la réduction de l'inflammation, résume la Dre Sylvestre.
Mais il ne faut pas s'attendre à des miracles, ajoute le Dr Barolet.
Ce n'est pas une baguette magique et si on vous dit que c'en est une, méfiez-vous.
En cas de doute, une consultation avec un professionnel est recommandée. Les personnes à la peau foncée et celles sujettes au mélasma ou aux taches pigmentaires doivent particulièrement faire attention aux risques d'hyperpigmentation. Tout le monde doit faire attention à ne pas se surexposer à la lumière, au risque de générer des irritations cutanées. La protection des yeux est aussi primordiale.
Mais de façon générale, c'est assez sécuritaire, soutient la Dre Marie-Caroline Sylvestre. L'important, c'est de faire un choix éclairé, loin du marketing agressif des réseaux sociaux.