Ottawa sabote Radio-Canada: quand l'incohérence gouvernementale menace notre patrimoine médiatique
Le gouvernement fédéral vient de porter un coup dur à notre diffuseur public national. Cette semaine, le président du Conseil du Trésor, Shafqat Ali, a annoncé une coupe drastique de 192 millions de dollars au budget de CBC/Radio-Canada pour l'exercice 2026-2027, ramenant son financement à 1,38 milliard de dollars.
Une valse-hésitation qui dure depuis des décennies
Cette décision illustre parfaitement l'incohérence chronique d'Ottawa envers notre diffuseur public. Depuis Pierre-Elliott Trudeau, qui menaçait de fermer ce qu'il appelait un "nid de séparatisses", jusqu'à Stephen Harper qui remettait constamment en question son financement, en passant par Pierre Poilievre qui voulait transformer l'immeuble torontois en condos, Radio-Canada navigue dans l'incertitude politique.
Ironiquement, c'est sous le gouvernement libéral actuel que cette instabilité perdure. En 2018, la ministre Mélanie Joly avait pourtant promis d'en finir avec ces "folleries" en formant un comité d'experts dirigé par Janet Yale. Résultat? Le rapport dort sur une tablette.
Des promesses non tenues et des rapports oubliés
Cinq ans plus tard, Pascale St-Onge reprend le dossier avec sa propre équipe d'experts. Après 19 mois de travail, elle quitte la politique en laissant un plan de modernisation de 28 pages qui proposait notamment l'abandon partiel de la publicité pour faire de la place à la télévision privée. Ce "testament" politique rejoint lui aussi les oubliettes gouvernementales.
Cette négligence est d'autant plus troublante que le même gouvernement libéral avait multiplié les "cadeaux" à Radio-Canada ces dernières années: 150 millions en 2025, 42 millions l'année précédente, et ainsi de suite. Cette volte-face budgétaire révèle une absence totale de vision cohérente.
L'industrie médiatique québécoise en péril
Au-delà de Radio-Canada, c'est tout l'écosystème médiatique qui souffre de cette inaction fédérale. Les lois adoptées sur la diffusion continue et les nouvelles en ligne n'ont pas réussi à contrer l'hégémonie des géants du web. Pendant ce temps, 35 millions de dollars provenant des plateformes de diffusion américaines dorment à la banque, en attente d'une décision judiciaire qui ne vient pas.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes: plus de 250 journaux et périodiques ont fermé leurs portes, une quarantaine de chaînes de télévision et de stations de radio ont cessé leurs activités. Les réseaux de télévision privée sont au bord du gouffre.
Défendre notre souveraineté culturelle
Cette situation interpelle particulièrement au Québec, où Radio-Canada joue un rôle crucial dans la préservation et la promotion de notre culture francophone. Dans un contexte où notre langue et notre identité font face à des défis constants, affaiblir notre diffuseur public équivaut à saborder nos outils de résistance culturelle.
Il est urgent que le gouvernement fédéral cesse cette valse-hésitation et adopte une vision claire pour l'avenir de nos médias publics. Notre démocratie et notre identité collective en dépendent.