Montréal sacrifie la qualité de l'air pour économiser sur le traitement des eaux
Face à l'explosion des coûts des produits chimiques pour traiter les eaux usées, la Ville de Montréal a opté pour des substances moins chères mais aussi moins efficaces. Une décision d'économie qui empoisonne littéralement la vie des résidents de l'est de l'île.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 33 plaintes pour mauvaises odeurs ont été déposées l'an dernier concernant la station d'épuration Jean-R.-Marcotte, contre seulement cinq en 2024. Un bond spectaculaire qui témoigne d'une dégradation inquiétante de la qualité de vie des Montréalais.
Quand l'économie prime sur la santé publique
« Si j'avais su que j'aurais cette odeur vraiment dégueulasse, je n'aurais pas acheté », témoigne Charly Chartouny, résidant de la rue Trefflé-Berthiaume. Son quartier de Rivière-des-Prairies subit de plein fouet les conséquences de cette gestion comptable de nos services publics.
La Ville prévoit dépenser 30 millions de dollars en produits chimiques cette année, soit 50 % de plus qu'il y a cinq ans. Une hausse vertigineuse qui pousse l'administration à chercher des alternatives bon marché, au détriment de l'efficacité.
L'alun : économique mais toxique pour la qualité de l'air
Depuis deux ans, Montréal remplace progressivement le chlorure ferrique par l'alun, un coagulant dérivé de l'aluminium deux fois moins cher. Problème : cette substance est nettement moins efficace pour contrôler les odeurs nauséabondes.
« Tout ce qui donne les odeurs d'œufs pourris, ça réagit beaucoup avec le fer », explique Benoit Barbeau, professeur à Polytechnique Montréal. En été, quand les boues stagnent dans le réseau d'égouts, le chlorure ferrique permet de maîtriser ces émanations pestilentielles.
En 2025, la Ville a dépensé 14,3 millions en alun contre seulement 1,08 million en chlorure ferrique. Un ratio qui en dit long sur les priorités municipales.
Des citoyens pris en otage
« On fait des plaintes, mais on dirait qu'il n'y a rien qui débloque », déplore Stéphane Horvat, autre résidant du secteur. Ces Montréalais subissent les conséquences d'une politique d'austérité déguisée qui sacrifie leur bien-être sur l'autel des économies budgétaires.
Le directeur de l'épuration des eaux usées, Stéphane Bellemare, reconnaît que la Ville jongle entre rentabilité économique et contrôle des odeurs. Une approche qui transforme nos concitoyens en cobayes d'une expérimentation chimique à ciel ouvert.
Un modèle québécois en péril
Cette situation illustre parfaitement les dérives d'une gestion néolibérale de nos services publics. Alors que le Québec s'enorgueillit de son modèle social-démocrate, voilà que nos élus municipaux adoptent une logique purement comptable qui bafoue le droit fondamental à un environnement sain.
L'administration promet une amélioration pour l'été prochain, mais les résidents ont-ils vraiment le choix d'attendre ? Dans une société qui se respecte, la santé publique ne devrait jamais être négociable face aux impératifs budgétaires.