Mike Matheson : l'artisan silencieux du Canadien
Il y a des héros qui brillent sous les projecteurs et d'autres qui accomplissent leur travail dans l'ombre. Mike Matheson appartient résolument à la seconde catégorie. Le défenseur québécois du Canadien de Montréal porte sur ses épaules une charge de travail qui ferait pâlir bien des joueurs étoiles de la Ligue nationale.
Imaginez deux employés de voirie. L'un répare les nids-de-poule de l'autoroute Ville-Marie en plein rush, l'autre s'occupe d'une petite rue résidentielle tranquille. Les deux méritent leur salaire, mais devine qui rentrera le plus épuisé à la maison ?
Le gardien de but invisible
En trois matchs la semaine dernière, Matheson a passé 56 minutes et demie sur la patinoire à forces égales. Ses adversaires directs ? Rien de moins que Jack Eichel, Nathan MacKinnon et Tage Thompson. Résultat : zéro but accordé pendant ces minutes cruciales.
Martin St-Louis ne s'y trompe pas. L'entraîneur-chef fait confiance à son vétéran de 31 ans pour neutraliser les meilleurs trios adverses, accompagné de Nick Suzuki et, quand possible, de Kaiden Guhle ou Noah Dobson. « Avec Matty, je me sens à l'aise », résume simplement St-Louis.
La réaction spontanée du principal intéressé ? « Ah, c'est gentil ! » s'exclame Matheson avec cette simplicité qui le caractérise.
Des statistiques qui donnent le vertige
Les chiffres compilés par PuckIQ révèlent l'ampleur de la tâche. Depuis 2023-2024, Matheson affronte systématiquement l'élite du circuit plus que tout autre défenseur du Tricolore. Cette saison, cette proportion atteint un impressionnant 50 % de son temps de jeu à forces égales.
Plus stupéfiant encore : le Québécois mène toute la LNH pour les minutes jouées contre les McDavid, MacKinnon, Crosby et autres superstars. Une responsabilité écrasante qu'il assume avec une maturité exemplaire.
« Ce n'est pas un rôle qui est fancy ou qui te fait apparaître dans les faits saillants, mais c'est très important dans les succès de l'équipe », philosophe Matheson. « Je le prends très au sérieux et ça me permet de sentir que j'ai une grande responsabilité. »
Une métamorphose remarquable
Le plus impressionnant reste cette transformation spectaculaire. Son différentiel est passé de -25 en 2023-2024 à +15 cette saison en 52 matchs. Un bond de +40 en deux ans qui témoigne d'un travail acharné.
Lui qui n'était pas reconnu comme un spécialiste défensif à ses débuts en Floride et à Pittsburgh (il ne jouait même pas en désavantage numérique chez les Penguins !) a su se réinventer complètement.
« On pourrait croire qu'il y a eu un déclic à un moment donné, mais ça ne s'est pas passé comme ça », explique-t-il avec le sourire. « Ça m'a demandé beaucoup de travail et de dévouement et j'ai dû surmonter des obstacles. Mais comme je l'ai toujours dit, je n'échangerais ces épreuves contre rien au monde parce qu'elles ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui. »
L'éthique du travail à la québécoise
Cette histoire de résilience et de persévérance résonne particulièrement chez nous. Matheson incarne ces valeurs québécoises du travail bien fait, sans tape-à-l'œil, mais avec une efficacité redoutable.
« Il n'y a pas de pilule magique. Ça vient seulement du travail », conclut-il simplement.
Dans une époque où l'on célèbre souvent les performances spectaculaires, Mike Matheson nous rappelle que les vraies fondations se construisent dans l'ombre. Et c'est tant mieux que le travail ne l'effraie pas, car sinon, il trouverait sans doute le temps un peu long sur cette autoroute Ville-Marie du hockey professionnel.