Marie-Anne Gaboury : pionnière québécoise de l'Ouest
Voici une histoire qui mérite d'être racontée et célébrée : celle de Marie-Anne Gaboury, première femme non autochtone à explorer et s'établir dans l'Ouest canadien. Une Québécoise de Maskinongé qui a brisé les codes de son époque pour écrire sa propre destinée dans les Prairies sauvages.
De Maskinongé aux Prairies : un parcours exceptionnel
Née le 15 août 1780 dans la paroisse de Maskinongé, au village de Rivière-du-Loup (aujourd'hui Louiseville), Marie-Anne Gaboury grandit dans le Québec rural de la fin du 18e siècle. Après le décès de son père, elle devient ménagère pour le curé de Maskinongé, fonction qu'elle occupe pendant 13 années.
Mais le destin frappe à sa porte en 1806, quand elle rencontre Jean-Baptiste Lagimodière, un coureur des bois de la région. Fascinée par ses récits d'aventures dans l'Ouest, elle décide de l'épouser. À 26 ans, Marie-Anne fait un choix révolutionnaire : elle refuse d'attendre sagement le retour de son époux et décide de l'accompagner.
« Jamais une femme n'avait encore suivi son homme dans l'Ouest réputé sauvage, violent et débauché. Son mari ne s'y opposa pas », souligne l'historien Gilles Laporte.
Un voyage épique vers l'inconnu
Le périple n'a rien d'une partie de plaisir. Comme le raconte l'auteur-compositeur-interprète et conférencier Alexandre Belliard, les voyageurs étaient « à la merci du soleil, de la pluie, des brûlots et des moustiques ». Au menu : du pemmican, cette recette autochtone à base de graisse animale et de baies.
En 100 jours, Marie-Anne, Jean-Baptiste et leur équipage parcourent près de 1600 miles en canot, avec d'éprouvants portages, de Lachine à Pembina, un campement métis situé au Dakota du Nord.
Une vie de défis et de courage
Arrivée à Pembina, Marie-Anne découvre que Jean-Baptiste a eu deux enfants avec une première épouse, Josette dit La Belette, de la nation ojibwé. Cette dernière tente même de l'empoisonner. Malgré ces épreuves, Marie-Anne adopte plus tard l'un des enfants de Josette et Jean-Baptiste, témoignant de sa générosité.
Pour éviter les conflits, elle « passera les prochaines années à cheval, au gré des saisons, suivant les troupeaux de bison, en compagnie d'autres trappeurs et de leurs compagnes autochtones ».
Le 6 janvier 1807, Marie-Anne accouche de son premier enfant, une fille nommée Reine. Jusqu'en 1825, le couple aura huit enfants, « dont l'un né prématurément au terme d'une embardée à cheval ».
Au cœur de l'histoire canadienne
Établie dans la colonie de la Rivière-Rouge, la famille se retrouve prise dans les conflits entre la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d'Hudson. En 1816, Jean-Baptiste est capturé et emprisonné lors d'une mission. Il rejoint sa femme, réfugiée chez des « clans autochtones amis du couple », presque un an plus tard. Marie-Anne le croyait mort.
L'histoire retiendra particulièrement que Julie Lagimodière, fille de Marie-Anne et Jean-Baptiste, donne naissance en 1844 à Louis Riel, figure emblématique de la résistance métisse.
Jean-Baptiste décède en 1855, et Marie-Anne le suit le 14 décembre 1875, à Saint-Boniface au Manitoba, à l'âge vénérable de 95 ans. Une rue porte aujourd'hui son nom à Edmonton, modeste reconnaissance d'une vie extraordinaire.
Cette histoire de Marie-Anne Gaboury nous rappelle que les femmes québécoises ont toujours su briser les barrières et tracer leur propre chemin, même dans les contrées les plus sauvages. Une pionnière dont le courage et la détermination méritent d'être célébrés.