Une victoire sans précédent : l'indemnisation illimitée pour les victimes des Frères des Écoles chrétiennes
Dans une décision qui marque un tournant majeur pour la justice québécoise, le fonds d'indemnisation destiné aux victimes d'agressions sexuelles commises par les Frères des Écoles chrétiennes n'aura aucune limite financière. Cette approche révolutionnaire constitue une première au Québec dans le cadre d'une action collective.
Un modèle de justice réparatrice exemplaire
Cette entente historique, approuvée par le juge Donald Bisson le 19 février dernier, bouleverse les pratiques habituelles où les victimes se partagent un montant fixe. Ici, chaque survivant recevra une indemnisation juste, indépendamment du nombre total de victimes qui se manifesteront.
"L'argent ne remplacera pas les cicatrices qui vont rester toute notre vie. Ce n'est vraiment pas le côté pécuniaire, mais plus le côté justice, et là, justice a été rendue", confie l'une des victimes, témoignant de cette reconnaissance tant attendue.
225 victimes déjà répertoriées, d'autres attendues
Le cabinet Dufresne Wee a identifié 225 victimes d'agressions perpétrées par cette congrégation religieuse qui comptait parmi les plus importantes du Québec. Dans les années 1960, les Frères des Écoles chrétiennes accueillaient jusqu'à 40 000 étudiants annuellement dans leurs dizaines d'établissements.
Les indemnités, échelonnées de 50 000 $ à 270 000 $ selon la gravité des sévices, reflètent une approche respectueuse de la souffrance endurée. Plus d'une centaine d'agresseurs présumés ont été identifiés pour des crimes commis entre 1940 et 1990.
Une innovation juridique porteuse d'espoir
Me Virginie Dufresne-Lemire souligne l'aspect novateur de cette entente : "Cette façon de faire vient donner une paix d'esprit. Il n'y a pas d'incertitude pour les victimes, les gens pourront être indemnisés au fur et à mesure."
Son collègue Me Justin Wee renchérit : "Pour nous, ce n'est pas aux victimes de porter le fardeau d'un plus grand nombre de victimes." Cette philosophie illustre parfaitement les valeurs de justice sociale qui caractérisent notre société québécoise.
Des témoignages bouleversants de résilience
Marcel Fournier, qui a courageusement accepté de témoigner, décrit cette entente comme "un petit pansement sur un gros bobo". Malgré les séquelles durables, il encourage les autres survivants à briser le silence : "Une fois qu'on accepte d'en parler, et qu'on a trouvé la bonne personne pour le faire, on peut aller de l'avant."
Un autre survivant partage comment la musique l'a sauvé : "Je me libérais en jouant sur mon piano." Ces témoignages illustrent la force extraordinaire de l'esprit humain face à l'adversité.
Une mémoire honorée, un avenir plus juste
Seize successions représentent des victimes décédées, dont le premier représentant du recours, mort d'un cancer en 2023. Son frère Jean-Marc témoigne : "Il voulait que la vérité soit dite sur ce qui s'est passé." Cette détermination posthume incarne l'esprit de justice qui anime notre société.
Un premier versement de 20 millions de dollars permettra les premières indemnisations, le fonds étant régulièrement alimenté selon les besoins. Les victimes ont maintenant six mois pour se manifester.
Un modèle d'inspiration pour l'avenir
Cette entente sans précédent pourrait révolutionner l'approche québécoise de la justice réparatrice. Elle démontre qu'il est possible de concilier reconnaissance institutionnelle et respect inconditionnel des victimes.
Comme le souligne une victime : "Ce jugement n'efface pas ma douleur, mais il reconnaît enfin la vérité que moi et tant de victimes ont porté ce lourd secret pendant toutes ces années."
Cette victoire judiciaire s'inscrit dans la tradition québécoise de défense des droits et de protection des plus vulnérables, marquant un jalon important dans notre quête collective de justice et de réconciliation.