Daniel Léveillé n'est plus: pilier de la danse québécoise
Le milieu des arts de la scène au Québec est en deuil. Le chorégraphe et danseur Daniel Léveillé s'est éteint dimanche soir, des suites d'un cancer de la gorge, au Centre universitaire de santé McGill. Il avait 73 ans. C'est une voix unique, exigeante et profondément ancrée dans notre culture qui s'éteint avec lui.
Un artiste discret, une œuvre immense
En près de 50 ans de pratique, Daniel Léveillé a marqué plusieurs générations d'artistes et de spectateurs d'ici. Sa gestuelle fluide et singulière a contribué à forger l'identité même de la danse contemporaine québécoise, cette exception culturelle dont nous sommes si fiers. Timide et discret, toujours fidèle à ses camarades de la création, il occupait une place irremplaçable dans notre paysage artistique.
Sa production, quoique restreinte en nombre, a voyagé loin. Avec 28 œuvres diffusées dans 25 pays, des titres comme Le sacre du printemps, Amour, acide et noix, La pudeur des icebergs et Solitudes solo ont porté la créativité québécoise sur les scènes du monde entier. C'est d'ailleurs à l'Agora de la danse qu'en 2001, il a créé Amour, acide et noix, l'œuvre qui a propulsé sa carrière à l'international.
Cette pièce a propulsé sa carrière à l'international. Le spectacle a été un énorme succès! Il a été présenté durant plusieurs années en Europe, aux États-Unis et au Canada.
La directrice artistique de l'Agora de la danse, Francine Bernier, rappelle l'impact considérable de ce spectacle et souligne que Daniel Léveillé était l'une des voix les plus singulières, exigeantes et influentes de la danse contemporaine d'ici et du Canada.
Le passeur de la nouvelle danse québécoise
Pendant un quart de siècle, Daniel Léveillé a enseigné au département de danse de l'UQAM. Il n'y allait pas pour simplement donner son cours, puis au revoir. Comme l'explique Francine Bernier, il poursuivait avec rigueur l'apprentissage des artistes, puis les aidait à faire rayonner leurs œuvres sur différentes scènes nationales et internationales.
C'est là, dans ces salles de classe et ces studios, qu'il a transmis son savoir aux figures montantes de la nouvelle danse au Québec. Des noms bien connus chez nous: Frédérick Gravel, Dave Saint-Pierre, Catherine Gaudet, Étienne Lepage, Manuel Roque. Autant d'artistes qui portent aujourd'hui le flambeau de notre vivier chorégraphique, un vivier qui fait l'envie de bien des capitales culturelles.
Des débuts aux côtés des grands
Né en 1952, Daniel Léveillé a été chorégraphe, danseur, pédagogue et artiste visuel. À la fin des années 1970, il signe ses premières pièces créées par la danseuse Louise Lecavalier. À cette époque, il est aussi l'un des interprètes choisis par Françoise Sullivan lors de son retour à la danse.
En 1991, il fonde la compagnie Daniel Léveillé Danse (DLD). En 2018, Frédérick Gravel lui succède à la direction, une passation naturelle puisque Gravel avait profité du programme de parrainage mis sur pied par DLD en 2010.
Sur Facebook, Frédérick Gravel s'est dit bouleversé et dépassé d'apprendre la nouvelle du décès de son mentor et allié. Ce dernier lui a transmis son expertise en matière de diffusion et de développement de la danse.
Un adieu déchirant
Joint par nos confrères de La Presse, le metteur en scène Martin Faucher se préparait à rejoindre des artistes au QG du Festival TransAmériques pour pleurer le départ de son ami. Les deux s'étaient rencontrés en 1985, alors qu'ils faisaient partie de la distribution de Théorème 85, une pièce créée par Denis Marleau au Quat'Sous, d'après l'œuvre de Pasolini, sur des chorégraphies de Léveillé.
Daniel est parti doucement dimanche soir. Après la production de Théorème 85, j'ai été son amoureux, puis son ami. Il était tout pour moi, sauf mon ex. Daniel était mon présent. Je suis profondément admiratif de son œuvre chorégraphique. Plusieurs passages de ses pièces me faisaient monter les larmes aux yeux. Aujourd'hui, c'est son départ qui me fait pleurer.
Le communiqué émis par la compagnie DLD, lundi soir, résume ainsi le legs du fondateur: pour Daniel Léveillé, création et pulsion de vie sont intimement liées; l'activité créatrice étant essentiellement la mise en jeu du désir.
Une soirée en hommage à l'homme, l'artiste et son œuvre se tiendra à Montréal ultérieurement. Les détails seront communiqués plus tard par DLD. En attendant, c'est toute la communauté artistique québécoise qui porte le deuil d'un bâtisseur, d'un passeur, d'un homme qui aura fait rayonner notre culture bien au-delà de nos frontières.