Carburant d'aviation : vos vols sauvés, mais la facture grimpe
Une pièce du casse-tête se précise pour les voyageurs qui rêvent de soleil ou de vieilles pierres cet été. Vous ne devriez pas être cloués au sol à l'étranger en raison d'une pénurie de carburant d'aviation provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Par contre, côté prix des billets, c'est une tout autre histoire.
Des réserves suffisantes pour décoller
Les transporteurs aériens sortent en force ces jours-ci pour rassurer le monde. Air Canada, Air Transat, Air France-KLM, Lufthansa, Ryanair... Tous contactent leurs clients pour minimiser les risques de perturbations pendant la saison estivale, particulièrement en Europe, notre terrain de jeu favori.
C'est la période la plus achalandée de l'année, l'industrie veut rassurer le public en indiquant clairement que leurs projets ne seront pas annulés, analyse Robert Kokonis, président de la firme de conseil AirTrav. C'est important d'instaurer une confiance vis-à-vis de l'industrie.
La guerre en Iran, déclenchée le 28 février dernier, a secoué l'industrie aérienne sur deux fronts. Le prix du kérosène, l'une des principales dépenses des compagnies, a explosé. Cela a ouvert la porte à des surcharges et autres augmentations de frais pour les voyageurs.
Un autre voyant jaune suscitait des questions, surtout sur le marché européen. Allait-on manquer de carburant? Le 16 avril dernier, l'Agence internationale de l'énergie a même mentionné qu'il restait peut-être environ six semaines de réserves en Europe. Le Moyen-Orient fournit les trois quarts des importations de kérosène du Vieux Continent.
Le pire semble avoir été évité. L'industrie croit pouvoir éviter les turbulences, autant pour les vols internes que pour les allers-retours depuis chez nous.
Air Transat, notre fierté locale, a d'ailleurs écrit à sa clientèle qu'elle dispose de l'approvisionnement nécessaire pour opérer l'intégralité de son programme estival. Idem chez Air France-KLM et sa filiale Transavia. Le chef de la direction, Benjamin Smith, a assuré que l'organisation serait en mesure de transporter tous ses clients cet été.
Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, confirme cette tendance. Selon ses données, la capacité sur le marché transatlantique depuis le Canada est toujours en hausse de 5,2 % pour l'été par rapport à l'an dernier. Les transporteurs n'ont pas senti le besoin de reculer, bien au contraire.
Comment est-ce possible? Des raffineries américaines et du Nigéria ont acheminé du carburant sur le marché européen. De plus, des dizaines de milliers de vols court-courriers ont été annulés ces derniers mois en Europe, ce qui a réduit la consommation anticipée, explique John Gradek, expert en aviation à l'Université McGill. Pour les vols transatlantiques, il ne devrait pas y avoir de problèmes. Pour un vol interne de moins de trois heures en Europe, cela reste à voir.
Le portefeuille des voyageurs dans le rouge
Reste le vrai casse-tête pour les familles et les travailleurs qui n'ont pas encore acheté leurs billets. Le portefeuille des voyageurs risque de saigner.
Bon nombre de réservations ont été faites avant le début du conflit. Ces gens peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Mais les compagnies aériennes doivent refiler une partie de la facture inattendue de l'explosion des prix du carburant. Les surcharges actuelles ne suffisent plus.
Les compagnies devront augmenter sensiblement leurs tarifs pour compenser la hausse des coûts du carburant, probablement d'environ 15 % par rapport au prix actuel du marché instantané du kérosène, écrit Cameron Doerksen dans un récent rapport.
Selon l'outil de suivi des tarifs du site Kayak, le prix moyen d'un aller-retour en classe économique pour une liaison intérieure à partir de Montréal était d'environ 550 $ à la fin du mois de mai. C'est une hausse de 16 % comparativement à la même période il y a un an.
La liaison avec la Francophonie épargnée
Ce n'est pas tout noir, surtout quand on regarde du côté de la Francophonie. À destination de Paris depuis le Canada, le prix moyen s'établissait à environ 995 $ pour un aller-retour à la mi-mai. Il s'agit d'un léger recul d'environ 20 $ comparativement aux prix d'il y a un an.
Cela témoigne des variations entre les compagnies sur une liaison où la concurrence est forte, illustre John Gradek. Des compagnies peuvent aussi décider de faire des concessions pour avoir des avions plus remplis.
Par contre, le portrait est diamétralement différent à Londres. L'aller-retour s'établissait à 1135 $ en moyenne il y a quelques semaines, en hausse de 6 % comparativement à 2025.
Comme quoi, mieux vaut magasiner et choisir soigneusement sa destination. Une chose est certaine, les liens avec la mère patrie française restent accessibles, une bonne nouvelle pour notre culture et notre identité.