Racisme systémique au SPVM : le scandale de Montréal-Nord
Le démantèlement d'une escouade du SPVM à Montréal-Nord ne surprend personne du côté des communautés locales. Le racisme et la discrimination envers les citoyens racisés y sont documentés depuis des décennies. Ce qui est révélé aujourd'hui n'est que la pointe de l'iceberg d'un système qui déshumanise les plus vulnérables et met à l'épreuve notre modèle social québécois.
Pourquoi le démantèlement de cette équipe du SPVM ne surprend personne?
Contrôles d'identité abusifs, harcèlement, actes discriminatoires envers des personnes racisées, parfois mineures. Le portrait dressé par les intervenants de terrain est accablant, mais pas nouveau. « Ce sont des échos qu'on avait déjà. On accompagne un bon nombre de personnes qui vivent ce genre de situation. Rien ne nous surprend, dans ce qui a été révélé hier », lance Fernando Belton, directeur général de la clinique juridique de Saint-Michel.
En deux ans, Me Belton a traité une quarantaine de dossiers liés à ces profilages, une tendance clairement à la hausse. Il faut dire que les relations tendues entre les communautés racisées et les forces de l'ordre sont connues au Québec depuis les années 1980. Vendredi soir, la haute direction du SPVM a dû intervenir au poste de quartier 39, confirmant les pires craintes du milieu. Selon l'avocat, les gestes posés par les 16 policiers visés pourraient mener à des accusations de voies de fait causant des lésions, voire de voies de fait graves, et de menaces.
Des actes de barbarie déguisés en travail policier
Les policiers sont soupçonnés d'avoir ciblé de façon abusive et coordonnée les individus noirs et ceux d'origine arabe sur leur territoire. Mais ce qui dépasse l'entendement, c'est cette révélation selon laquelle des membres de ce groupe auraient coupé et collectionné les cheveux des hommes appréhendés, à la manière de « scalps » prélevés comme trophées de guerre. On est loin du travail de protection de la population.
« Les individus impliqués dans ces altercations sont souvent ciblés comme des suspects. Ils vont être déshumanisés et peints comme dangereux pour justifier des interventions plus robustes. »
Pierreson Vaval, directeur de la Coalition Pozé, ne mâche pas ses mots. Il dénonce un cercle vicieux où les victimes ne sont pas écoutées parce qu'elles sont perçues comme des criminelles. Le cynisme s'installe face aux canaux de plainte officiels, rendant l'accès à la justice extrêmement complexe pour ces citoyens.
Que demandent les communautés et les groupes citoyens?
Il faut plus qu'un démantèlement pour réparer les pots cassés. Fernando Belton suggère de mettre sur pied une commission d'enquête publique, à la manière de ce qui a été fait pour SAAQclic, pour rétablir le sentiment de confiance. De son côté, Pierreson Vaval estime qu'il faut profiter de l'occasion pour revisiter en profondeur le modèle québécois de police municipale. Le système actuel doit être adapté aux réalités d'aujourd'hui, notamment en matière de formation et de recrutement. C'est notre responsabilité collective de s'assurer que nos institutions reflètent les valeurs d'égalité et de justice du Québec.
Quelles sont les réponses politiques face à cette crise?
En point de presse samedi, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a qualifié les comportements d'« inacceptables » et d'exemples flagrants de racisme systémique. « Ces gestes ébranlent la confiance et n'ont pas leur place à Montréal, ni dans aucune de nos institutions », a-t-elle martelé. Même le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal (FPPM), Yves Francœur, a jugé les allégations « totalement inacceptables et choquantes », déclarant toute forme de racisme « intolérable ».
Du côté de Québec solidaire, Andrés Fontecilla réclame une enquête criminelle approfondie impliquant les 16 policiers pointés du doigt. « Il faut déterminer s'il y a responsabilité criminelle. Ce sont des gestes racistes qui doivent être sanctionnés très sérieusement », insiste le porte-parole solidaire en matière de sécurité publique. La première ministre Christine Fréchette et le chef libéral Charles Milliard ont aussi dénoncé la situation sur les réseaux sociaux.
Qu'est-ce qui est reproché aux policiers du poste 39?
Les policiers du poste de quartier 39 de Montréal-Nord sont soupçonnés d'avoir ciblé de façon abusive, répétée et coordonnée des individus noirs et d'origine arabe. Ils sont aussi accusés d'avoir coupé et conservé les cheveux des hommes appréhendés comme des trophées, en plus de profils de voies de fait et de menaces potentielles.
Pourquoi les caméras corporelles tardent-elles à être implantées?
Soraya Martinez Ferrada a promis d'accélérer l'implantation des caméras corporelles, un dossier qui traîne depuis l'administration Plante. La Ville de Montréal a accordé 40 millions de dollars à ce projet dans son plus récent budget. Cependant, bien que le municipal se dise prêt depuis janvier, le feu vert du gouvernement du Québec est nécessaire pour aller de l'avant. C'est à Québec de donner l'autonomie nécessaire à la métropole pour moderniser ses pratiques policières.
La mairesse Martinez Ferrada souhaite maintenant une désescalade des tensions sociales, alors qu'elle s'attend à voir beaucoup de gens en colère. Elle insiste sur l'importance de rencontrer les organismes communautaires et la population dans les prochains jours. La mairesse d'arrondissement, Christine Black, a pour sa part refusé de commenter publiquement samedi. Le silence n'a jamais été une solution face au racisme.