Oxfam dénonce l'emprise des ultrariches sur nos démocraties
Dans un rapport percutant publié dimanche, Oxfam tire la sonnette d'alarme : l'enrichissement fulgurant des ultrariches menace directement nos institutions démocratiques et nourrit un terreau propice à l'autoritarisme. Une mise en garde qui résonne particulièrement fort alors que Donald Trump consolide son pouvoir aux États-Unis avec l'appui de milliardaires comme Elon Musk.
Le Québec et le Canada dans la mire
Si l'exemple américain frappe l'imaginaire, le Canada n'échappe pas à cette dérive inquiétante. Oxfam recense aujourd'hui 77 milliardaires au pays qui exercent une mainmise sur des secteurs névralgiques comme l'alimentation et les télécommunications. Une concentration de pouvoir qui devrait nous préoccuper au plus haut point.
« Nous devons prendre des mesures ici avant qu'il ne soit trop tard et ces mesures passent par une économie qui ne laisse personne de côté », lance Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Oxfam Québec. Un appel qui fait écho aux valeurs progressistes chères au Québec.
Une fortune qui explose, une démocratie qui s'effrite
Les chiffres donnent le vertige : plus de 3000 milliardaires dans le monde cumulent désormais 18 300 milliards de dollars américains, soit une hausse de 82% en cinq ans. Pendant ce temps, près de la moitié de l'humanité croupit sous le seuil de pauvreté.
Cette concentration obscène de richesses se traduit par une influence politique démesurée. Aux États-Unis, une centaine de familles milliardaires ont financé un sixième des dépenses électorales de 2024. Plus troublant encore : ces ultrariches ont 4000 fois plus de chances d'occuper un poste politique que le citoyen ordinaire.
Médias sous influence, démocratie sous pression
L'emprise ne s'arrête pas aux urnes. Plus de la moitié des grands groupes médiatiques appartiennent désormais à des milliardaires, tandis que six d'entre eux contrôlent neuf des dix plus importants réseaux sociaux. Une mainmise sur l'information qui façonne l'opinion publique selon leurs intérêts.
Cette stratégie d'influence passe souvent par la stigmatisation des minorités et des immigrants, détournant l'attention des vrais enjeux. En Grande-Bretagne, note Oxfam, on préfère parler des « petites embarcations de migrants » plutôt que des « superyachts des ultrariches ».
Résistance citoyenne et urgence d'agir
Face à cette offensive, la résistance s'organise. Le « tsunami » de manifestations de l'année dernière, de la Malaisie au Népal en passant par la France, témoigne d'une soif de justice sociale qui traverse les frontières.
Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnistie internationale, le souligne sans détour : « Trop de régimes préfèrent la répression à la redistribution. » Une réalité qui nous interpelle directement au Québec, où notre modèle social-démocrate reste un rempart contre ces dérives.
L'étude d'Oxfam le confirme : les pays les plus inégalitaires ont jusqu'à sept fois plus de risques de voir leur démocratie s'éroder. Un avertissement que nous devons prendre au sérieux pour préserver nos acquis sociaux et démocratiques.