Minneapolis: l'administration Trump sur la défensive après la mort tragique d'Alex Pretti
L'opposition, la famille de la victime et les habitants de Minneapolis ont pressé dimanche l'administration Trump de faire toute la lumière sur la fusillade qui s'est produite la veille. Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, est tombé sous les balles des agents de l'ICE dans des circonstances qui soulèvent de graves questions.
De son côté, la Maison-Blanche s'accroche à sa version de légitime défense, malgré les preuves accablantes apportées par de nouvelles analyses vidéo et des témoignages additionnels qui contredisent cette version officielle.
Une tragédie qui ravive les tensions
Alex Pretti a été abattu samedi lors d'une manifestation contre des opérations de la police de l'immigration (ICE). Sa mort vient aggraver une situation déjà explosive depuis celle de Renée Good, une Américaine tuée par balle le 7 janvier par un agent de l'ICE, également à Minneapolis.
Dimanche, de nombreuses personnes se sont recueillies dans un froid glacial devant un mémorial dressé en hommage à Alex Pretti, sur le lieu des tirs.
« Je suis triste et en colère, mais je n'ai pas peur d'être là et je n'ai pas peur de continuer le combat et de défendre ce qui est juste », a déclaré Lucy, une habitante de Minneapolis rencontrée par l'Agence France-Presse.
Dans le centre de cette ville d'un peu plus de 400 000 habitants, près d'un millier de personnes se sont rassemblées à la mi-journée pour manifester en hommage à Alex Pretti et contre les actions des forces de l'ordre fédérales.
Des accusations de terrorisme contestées
Comme il l'avait fait après la mort de Renée Good, le gouvernement Trump a immédiatement rejeté la faute sur Alex Pretti. La ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, l'a accusé notamment de « terrorisme », prétendant qu'il s'apprêtait à mettre en danger les agents avec une arme à feu.
Cette version officielle semble pourtant contredite par plusieurs vidéos et témoins de l'événement, soulevant des questions troublantes sur la conduite des forces fédérales.
Désarmé au moment fatal
Selon une analyse réalisée par le Washington Post, après avoir jeté Alex Pretti à terre, l'un des agents lui a retiré l'arme qu'il portait à la ceinture avant de sortir de la mêlée. Moins d'une seconde plus tard, le premier des 10 coups de feu a été tiré.
La vidéo ne permet pas de déterminer clairement si les autres agents ont réalisé qu'Alex Pretti, qui selon les autorités locales détenait un permis de port d'arme, avait été désarmé.
La famille d'Alex Pretti s'est dite bouleversée et « très en colère » à la suite de la mort de l'infirmier. « Les mensonges écœurants proférés par l'administration à propos de notre fils sont répréhensibles et répugnants. Veuillez faire connaître la vérité sur notre fils. C'était un homme bon », a-t-elle déclaré.
Des témoignages accablants
Plusieurs témoins présents sur les lieux ont livré leur version des faits dans une déclaration sous serment devant un tribunal. Leur récit penche davantage vers un meurtre que vers la légitime défense de la part des agents de l'ICE.
Une personne a décrit avoir vu Alex Pretti s'approcher, téléphone à la main, pour filmer une altercation entre un groupe de personnes et des agents de l'ICE, quelques secondes avant la fusillade. « Je ne l'ai pas vu toucher à aucun agent. Je ne l'ai pas vu brandir une arme », a-t-elle témoigné.
Un médecin témoin a raconté être sorti de chez lui pour le secourir après avoir assisté à la fusillade depuis un appartement voisin. Les agents de l'ICE ont d'abord hésité, lui ont demandé une preuve de licence médicale, puis ont finalement autorisé le médecin à s'approcher d'Alex Pretti. Alors que l'homme gisait à terre, « aucun [agent] ne l'aidait ».
Obama et l'opposition sonnent l'alarme
Barack Obama a appelé dans un communiqué à un « sursaut » des Américains alors que les valeurs fondamentales sont « attaquées » aux États-Unis. L'ex-président démocrate a critiqué l'administration Trump, « empressée de faire escalader la situation ».
Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, avait réclamé samedi que l'enquête soit chapeautée par les autorités locales, et non fédérales. « On ne peut pas se fier à l'État fédéral », a-t-il affirmé, avant d'accuser l'ICE de semer « le chaos et la violence ».
Même certains républicains expriment leurs inquiétudes. Le sénateur Bill Cassidy de Louisiane a appelé à une « enquête conjointe complète », qualifiant la mort d'Alex Pretti d'« incroyablement troublante ».
Trump maintient le cap
Malgré la gravité de la situation, Donald Trump a accusé les élus démocrates locaux d'être à l'origine des tensions. « Le maire et le gouverneur poussent à l'insurrection avec leur rhétorique pompeuse, dangereuse et arrogante », a-t-il écrit sur Truth Social.
Le haut responsable de la police aux frontières, Greg Bovino, a même soutenu dimanche sur CNN que « les victimes, ce sont les agents » et a vanté leur « super boulot ».
Un juge fédéral a ordonné samedi soir à l'administration Trump de préserver les preuves liées à la mort d'Alex Pretti, empêchant les agents fédéraux de « détruire ou d'altérer les preuves ».
« Une enquête complète, impartiale et transparente sur sa mort par balle n'est pas négociable », a martelé le procureur général du Minnesota, Keith Ellison.