Le Can-Am Spyder, ce roadster à trois roues adoré des motocyclistes américains d'un certain âge, est devenu malgré lui un pion dans l'escalade du conflit commercial déclenché par Donald Trump. Depuis le 29 septembre, l'administration Trump interdit l'entrée sur le territoire américain des motos de 800 cm³ et plus construites au Canada, frappant de plein fouet ce fleuron de l'industrie québécoise assemblé à Valcourt.
Pour Harold Mette, 79 ans, fondateur des Spyder Ryders of America, cette décision relève de l'incompréhension totale. «Ça n'a absolument aucun sens», déplore celui qui a troqué sa moto conventionnelle après 40 ans de chevauchée pour la sécurité qu'offrent les deux roues avant du Spyder. Environ 100 000 de ces engins roulent actuellement sur les routes américaines, et leur prix de base frôle les 28 000 $ US.
Un symbole du lien canado-américain malmené
La marque Can-Am, née d'un «effort collectif» de Canadiens et d'Américains, incarnait jadis la complicité économique entre les deux pays. Aujourd'hui, elle subit les contrecoups d'une stratégie de négociation musclée. Après les droits de douane de 25 % sur l'aluminium et l'acier, puis ceux de 50 % imposés en juillet, Washington a carrément banni les grosses cylindrées canadiennes en septembre, invoquant un article de 1930 jamais utilisé de la loi sur les droits de douane.
Nghi Huynh, chef de pratique chez Armanino, y voit clair: «C'est une tactique de négociation utilisée pour amener le Canada à la table.» Evan Chuck, avocat en commerce international, renchérit: «L'asymétrie économique du commerce canado-américain donne à Washington un levier énorme», rappelant que 72 % des exportations de marchandises du Canada prennent le chemin des États-Unis.
Un impact limité pour l'instant, mais des questions pour l'avenir
Chez BRP, on respire: la grande majorité de la production et des expéditions de la saison 2026 est déjà terminée. Aaron Stroud, concessionnaire au New Hampshire, confirme que l'impact aurait été bien plus lourd si l'interdiction était survenue au printemps. Il garde espoir que le différend sera réglé d'ici là, et a même commandé 13 Spyder récemment.
Mais l'ombre de la concurrence plane. Polaris, qui fabrique le Slingshot, un rival américain, a embauché des lobbyistes liés à l'entourage de Trump. L'entreprise affirme ne pas avoir fait pression pour une interdiction des produits Can-Am, mais ses liens avec la Maison-Blanche nourrissent les soupçons.
Les motocyclistes québécois et américains gardent espoir
Harold Mette, lui, ne se voit pas passer au Slingshot, qu'il juge plus proche de l'automobile que de la moto. Si l'interdiction persistait, il croit que les consommateurs se tourneraient vers le Can-Am Ryker, la version plus petite construite au Mexique. «Mais sérieusement, je doute que ça dure», affirme-t-il avec la sagesse de ses 79 ans.
Cette saga illustre tristement comment les décisions unilatérales de Washington peuvent bouleverser des industries entières et des communautés de passionnés. Pour le Québec, le Spyder n'est pas qu'un produit: c'est un symbole de notre savoir-faire et de notre résilience face aux caprices de notre puissant voisin.
FAQ sur l'interdiction du Spyder aux États-Unis
Pourquoi le Spyder de BRP est-il interdit aux États-Unis?
L'administration Trump a invoqué l'article 338 du Tariff Act de 1930 pour interdire les motos de 800 cm³ et plus construites au Canada, dans le cadre de l'escalade du conflit commercial avec Ottawa.
Quel est l'impact sur BRP et ses concessionnaires?
L'impact immédiat est limité puisque la saison de production 2026 est presque terminée. Le véritable test aura lieu au printemps prochain, au début de la saison des ventes.
Le Can-Am Ryker est-il aussi touché par l'interdiction?
Non, le Ryker, plus petit, est construit au Mexique et n'est pas visé par l'interdiction qui cible les motos fabriquées au Canada.
