Depuis que le Parti québécois a remporté l'élection du 5 octobre, une question revient avec insistance : le PQ est-il devenu un parti de droite ? Des voix venues de France, dont celle d'Edwy Plenel de Mediapart, n'hésitent pas à parler de dérive identitaire, voire de xénophobie. Il faut le dire clairement : ce raccourci fait peu de cas de l'histoire du nationalisme québécois et de la réalité du vote du 5 octobre.
Les attaques venues de France
Edwy Plenel, l'ancien directeur de Mediapart, a écrit sur X que le PQ « n'est plus le PQ de René Lévesque », qu'il serait « droitisé » et qu'il incarnerait « une ligne identitaire aux relents de xénophobie sur l'immigration ». Les accusations sont lâchées, les cases sont prêtes. Mais elles reposent sur une confusion profonde entre deux nationalismes qui n'ont rien en commun.
Ici, le nationalisme est d'abord un projet d'autodétermination d'un peuple. En Europe, le mot traîne derrière lui un passé lourd, qui va du rejet de l'autre jusqu'aux pires horreurs du XXe siècle. Quand Plenel qualifie Paul St-Pierre Plamondon de droitisé xénophobe, il importe chez nous une grille de lecture qui ne correspond pas à notre réalité politique.
Un véritable axe gauche-droite au Québec
Il faut reconnaître une chose : la politique québécoise a changé. À l'axe souverainiste-fédéraliste s'est ajouté un véritable axe gauche-droite, incarné par Québec solidaire d'un bord et le Parti conservateur du Québec de l'autre. Deux partis, avec des députés élus et une influence réelle.
Traditionnellement, le Québec joue au centre. Et le vote du 5 octobre le confirme : plus de 70 % des électeurs ont plébiscité le PQ, le Parti libéral et la Coalition avenir Québec, du centre mou au centre droit. La société québécoise, vieillissante, éprouvée par les crises économiques et la pandémie, s'est rangée un peu plus à droite. Le PQ de 2026 est un parti de centre droit, c'est un fait. Mais de là à en faire un parti d'extrême droite, il y a un saut que la mauvaise foi permet à peine.
La vraie question : l'immigration
Ne nous mettons pas la tête dans le sable pour autant. Si le PQ récolte ces accusations, c'est bien sur la question de l'immigration. Le parti de St-Pierre Plamondon propose de réduire les seuils d'accueil. Or, des observateurs sérieux constatent que ces seuils sont dépassés, que la capacité d'intégration de notre société a ses limites.
Le Québec reste l'une des sociétés les plus accueillantes au monde, proportionnellement au nombre d'habitants. Recevoir cette leçon de racisme de la part de commentateurs français, dont le pays débat violemment des mêmes enjeux, a quelque chose d'ironique. Dans des dizaines de pays sociaux-démocrates, la question des seuils d'accueil n'a rien de clivant. C'est l'amalgame qui est malhonnête : glisser tout doute exprimé face à un grand flux migratoire vers l'extrême droite.
Une polarisation qui nous guette
Le PQ a une vision sur les changements climatiques, l'itinérance, le logement social, les places en CPE, le transport collectif. Ça ne ressemble pas au programme d'un parti d'extrême droite. Ceux qui ont intérêt à diaboliser le parti de St-Pierre Plamondon devraient se demander quel jeu ils alimentent.
Échapperons-nous à la polarisation qui pourrit la société française ? La tentation est là, et elle est risquée. Le Québec a bâti autre chose : un débat politique où l'on peut être souverainiste, social-démocrate et préoccupé par la capacité d'accueil de sa nation sans être traité de raciste. Gardons cette lucidité. Elle est notre exception.
