Le CIO réintègre les Russes : une décision « cynique » qui scandalise l’Ukraine
Le ministre ukrainien des Sports, Matviy Bidnyi, n’y va pas par quatre chemins. Il qualifie de « particulièrement cynique » la décision du Comité international olympique (CIO) de lever partiellement les restrictions imposées aux athlètes russes depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Une décision tombée mardi, au lendemain de frappes meurtrières sur Kyiv et sa région qui ont fait au moins 28 morts et une centaine de blessés.
Un timing qui choque
« Ce qui rend cette décision particulièrement cynique, c’est son timing. Elle a été adoptée un jour de deuil à Kyiv », a déploré M. Bidnyi dans une entrevue à l’AFP. « Récompenser la Russie par des concessions alors que notre capitale pleure les victimes de cette attaque brutale est le comble de l’hypocrisie », a-t-il ajouté, visiblement ébranlé.
Pourtant, le CIO n’a pas totalement restauré les privilèges des Russes. Ils n’auront pas immédiatement leur hymne ni leur drapeau. Mais dès cet été, ils pourront participer aux qualifications pour les Jeux de Los Angeles en 2028, y compris dans les sports d’équipe, si les fédérations concernées les réintègrent. Une mesure qui, selon le ministre, « joue de fait le jeu d’un agresseur sanguinaire ».
Pas de boycottage, mais une colère froide
Malgré tout, l’Ukraine ne boycottera pas les compétitions où figureront des Russes. M. Bidnyi a toutefois prévenu qu’une délégation russe aux Jeux olympiques de la jeunesse à Dakar (du 31 octobre au 13 novembre) enverrait « un message horrible au monde ». Une position ferme, mais mesurée, qui reflète bien la tension entre dignité nationale et pragmatisme diplomatique.
Le ministre a aussi contesté l’argument du CIO, qui a levé la suspension imposée en octobre 2023 au Comité olympique russe (ROC) en prétextant que celui-ci « ne compte plus, parmi ses membres », d’organisations régionales de zones ukrainiennes occupées. « L’Ukraine fournit régulièrement au CIO des preuves que la Russie poursuit ses opérations actives sur nos territoires occupés », a-t-il rétorqué, citant l’intégration d’équipes locales dans des championnats russes.
World Athletics, un modèle de fermeté
En contraste, M. Bidnyi a salué l’inflexibilité de World Athletics, qui a confirmé vendredi dernier l’exclusion totale des Russes et des Bélarusses. Il a qualifié cette fédération de « modèle de véritable leadership, d’intégrité et de clarté morale ». La fédération russe d’athlétisme a toutefois saisi le Tribunal arbitral du sport contre cette décision, s’appuyant sur deux décisions favorables rendues aux lugeurs et aux skieurs russes fin 2025.
Le ministre a aussi rappelé la visite en Ukraine du patron de World Athletics, Sebastian Coe, en juin 2024. « Il a choisi de se tenir du côté de la justice et de la vérité », a-t-il dit, invitant la présidente du CIO, Kirsty Coventry, à faire de même. « Qu’ils visitent les académies de sport détruites et rencontrent nos jeunes athlètes qui doivent s’entraîner sous les sirènes de missiles », a-t-il lancé, avec une émotion palpable.
Le CIO sous pression
De son côté, le CIO a réitéré mardi sa « condamnation » de la guerre et sa « solidarité avec la communauté olympique ukrainienne », via une aide financière et un « appui logistique » pour les déplacements, hébergements et équipements des athlètes. Mais pour beaucoup, ces paroles sonnent creux face à une décision qui semble récompenser l’agresseur.
Au Québec, où l’on suit de près les enjeux de souveraineté et de droits des minorités, cette affaire résonne particulièrement. Elle rappelle que le sport, souvent présenté comme apolitique, est en réalité un terrain de lutte pour la justice et la dignité des peuples. Une leçon que nos élus et nos institutions gagneraient à méditer.