La Russie sous un déluge de drones: l'ombre de la guerre plane sur les législatives
La Russie a été secouée dimanche par une attaque massive de drones ukrainiens, un assaut que Moscou a dénoncé comme une tentative de « perturber » des élections législatives dont l'issue ne fait guère de doute: la victoire du parti de Vladimir Poutine, plus de quatre ans et demi après le début de la guerre en Ukraine.
Ces législatives, les premières depuis le lancement de l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022, visent à renouveler les 450 sièges de la Douma, la chambre basse du Parlement russe. Elles se déroulent également dans les territoires ukrainiens occupés et annexés par la Russie, un rappel brutal de la réalité d'un conflit marqué ces derniers mois par une intensification des frappes des deux côtés du front.
Une attaque « sans précédent » sur Moscou
La troisième et dernière journée de vote a été précédée tôt dimanche matin par une offensive ukrainienne impliquant plus d'un millier de drones. Des frappes ont touché une raffinerie et des zones résidentielles, provoquant des incendies. Selon les autorités russes, au moins deux personnes ont été tuées et une vingtaine d'autres blessées. Un drone ukrainien a également frappé un bus dans la région de Kherson, dans le sud de l'Ukraine sous contrôle russe, tuant deux personnes, dont une employée de la Commission électorale, a annoncé celle-ci.
À Moscou même, une importante raffinerie a été endommagée. Le maire de la capitale, Sergueï Sobianine, a dénoncé une attaque « sans précédent » et « manifestement planifiée dans le but de perturber les élections ». « L'ennemi n'y est pas parvenu », a-t-il ajouté, évoquant plus de 1600 drones abattus par la défense antiaérienne russe, dont « 450 se dirigeaient vers Moscou ».
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a assuré que les frappes de Kyïv « ont eu un impact très important dans la région de Moscou », affirmant qu'une dizaine d'armements différents ont été utilisés.
Une opposition muselée, un scrutin verrouillé
L'issue du scrutin ne fait aucun doute dans un pays où l'expression de la dissidence est sévèrement réprimée. Le seul parti frontalement opposé à la guerre, Iabloko, a été écarté de la course. Face à Russie unie, seules des formations soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit ont été autorisées à concourir: les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes.
Les analystes scruteront malgré tout le taux de participation et les résultats des partis alternatifs pour sonder l'état d'esprit des Russes, confrontés à des sanctions économiques occidentales, à des frappes ukrainiennes régulières, à des pénuries d'essence et à des limitations dans le fonctionnement de l'internet dans plusieurs régions.
« J'ai une petite retraite, ça ne suffit pas pour vivre », explique Vitali Ivanov, 63 ans, retraité du métro de Moscou, qui a dit avoir voté « pour les communistes ».
Devant un théâtre moscovite transformé en bureau de vote, Tatiana, retraitée de 71 ans qui ne donne pas son nom, a affirmé avoir voté pour Russie unie, le parti de Vladimir Poutine. « C'est le plus grand parti, le plus travailleur et qui a le plus de résultats », estime-t-elle.
L'opposition en exil appelle à la résistance
Écartée du scrutin, l'opposition en exil a appelé tous les « Russes opposés à la guerre » à voter contre le parti de Vladimir Poutine le même jour à la même heure, dimanche à midi, pour montrer leur nombre. L'Union européenne a de son côté dénoncé des élections se déroulant dans un climat de « répression systématique et institutionnalisée ».
Le vote, qui a commencé vendredi matin, doit durer jusqu'à 18 h GMT dimanche, et les premiers résultats sont attendus dans la foulée.
Une « puissante » cyberattaque et la crainte d'une mobilisation
Alors que le vote se déroule également électroniquement dans une trentaine de régions, la Commission électorale a fait état samedi d'une « cyberattaque très puissante » pour tenter de perturber le scrutin. Selon elle, « la situation est sous contrôle et la sécurité du système » est assurée. Elle a également rapporté que des lignes de communication dans l'Extrême-Orient russe avaient été sectionnées dans le même but.
Autre sujet qui pèse sur ces élections: la crainte d'une nouvelle mobilisation militaire sur le modèle de la « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en septembre 2022. Depuis que Volodymyr Zelensky a affirmé qu'une telle mesure serait annoncée « à l'automne » après les législatives, son homologue russe et son entourage ont réfuté à de multiples reprises ce scénario, très impopulaire jusque dans les cercles dirigeants à Moscou.
Un scénario auquel ne croit pas Tatiana Stanovaïa du Centre Carnegie Russie Eurasie, qui a souligné que le pouvoir « a fait énormément d'efforts pour convaincre les Russes qu'ils n'ont pas à s'en inquiéter ». En remportant les législatives, Vladimir Poutine obtiendra donc, selon l'experte, « la confirmation de sa légitimité et de celle de la guerre », à laquelle aucune initiative diplomatique n'est encore parvenue à mettre fin.
Que faut-il retenir de ces élections russes sous tension?
Quel est l'impact de l'attaque de drones sur le scrutin?
L'attaque massive de drones ukrainiens visait à perturber le déroulement des élections législatives russes. Bien qu'elle ait causé des dégâts matériels et des pertes humaines, le vote s'est poursuivi, et les autorités russes affirment avoir abattu la grande majorité des drones.
Qui sont les partis autorisés à participer aux législatives russes?
Seuls les partis soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite de la guerre en Ukraine ont été autorisés à concourir: Russie unie, les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux des Nouvelles personnes. L'opposition véritable, comme le parti Iabloko, a été écartée.
Pourquoi la question d'une nouvelle mobilisation est-elle sensible?
La « mobilisation partielle » de 300 000 réservistes en septembre 2022 a été très impopulaire en Russie. Les déclarations de Volodymyr Zelensky sur une possible nouvelle annonce « à l'automne » ont relancé les craintes, que le Kremlin s'efforce de dissiper.