Inondations : le mythe du rebâtir à l'identique doit finir
Quand l'eau se retire, le cauchemar est loin d'être terminé. Pour bien des Québécois qui se font inonder, la reconstruction « à l'identique » demeure la seule voie donnant droit à une indemnisation dans leurs contrats d'assurance. Une aberration, alors que les changements climatiques s'accélèrent et que les sinistres se multiplient. Obliger des citoyens à rebâtir exactement comme avant, dans des zones vulnérables, c'est nier l'évidence : la situation va se reproduire. Il est grand temps que les assureurs, mais aussi nos gouvernements, changent de logique.
Nous avons discuté avec la présidente du C.A. du Regroupement des cabinets de courtage d'assurance du Québec, Lucie Fréchette, pour comprendre comment sortir de cette impasse.
Des assureurs à la croisée des chemins
Face à la hausse fulgurante des sinistres sur de courtes périodes, le milieu de l'assurance commence à bouger. « Tous les assureurs en parlent », lance d'entrée de jeu Mme Fréchette. Certains offrent maintenant des avenants qui permettent de reconstruire avec des matériaux plus écorésilients. C'est un début, mais on est encore loin du compte.
Côté prévention, quelques assureurs donnent des incitations aux clients qui modifient leur résidence pour empêcher un sinistre. À l'instar des systèmes d'alarme antivol, ceux qui installent un détecteur de fuite d'eau et une valve d'arrêt automatique peuvent obtenir un rabais sur leur prime. C'est une approche gagnant-gagnant, mais qui reste trop marginale.
Une prise de conscience doit s'opérer partout dans notre société.
Mme Fréchette nuance toutefois : certes, les assureurs doivent reconnaître la prévention et offrir des avenants pour une reconstruction résiliente. Mais la solution ne peut pas reposer uniquement sur les épaules des assurés. Elle passe aussi par l'adaptation de nos maisons, l'encadrement gouvernemental et l'obligation de construire de manière résiliente.
Ottawa tergiverse, Québec trace sa voie
Quand on parle d'encadrement, on ne peut passer sous silence la lenteur bureaucratique fédérale. Ottawa n'a toujours pas de calendrier pour son programme fédéral d'assurances destiné aux ménages vivant dans des zones inondables, une promesse datant de 2019. Encore une fois, la machine fédérale traîne les pieds quand il s'agit de répondre aux besoins concrets des citoyens.
De son côté, Québec a annoncé dans son dernier budget une aide financière pour soutenir l'installation de clapets antiretour et les travaux de protection des fondations. « C'est avant-gardiste, mais on a de la place pour d'autres programmes », souligne Mme Fréchette.
Ce qu'elle espère surtout, c'est une révision en profondeur du code du bâtiment. L'utilisation de matériaux résilients et l'installation d'outils de prévention, comme une pompe de puisard avec une batterie de secours, devraient y être obligatoires. On fait face à un « problème qui n'est pas appelé à diminuer », rappelle-t-elle. Il faut que notre modèle québécois s'adapte à la réalité climatique, au lieu de subir les conséquences d'un ancien monde.
De la réparation à l'adaptation : que pouvons-nous faire ?
Si vous êtes déjà assuré, la première étape est simple : appelez votre courtier et demandez si l'assureur offre l'avenant pour une reconstruction résiliente. Sinon, changez d'assureur. Il faut envoyer un message clair au marché.
Mais la véritable solution est culturelle. Il faut passer d'une logique de réparation en cas de sinistre à une logique d'adaptation aux risques. « Des fois, se battre contre dame Nature, ce n'est pas une bonne idée », dit-elle sagement.
Plusieurs modifications simples peuvent être mises en place chez nous :
- Installer des clapets antiretour pour éviter la remontée des eaux usées.
- Repenser les aménagements extérieurs trop près de la maison ou inadaptés à la rétention d'eau.
- Installer une porte étanche lorsque le garage est au bout d'une pente descendante.
- Se questionner sérieusement sur l'aménagement de son sous-sol.
Des ressources en ligne existent pour nous guider. La boîte à outils Cohabiter avec l'eau d'Architecture sans frontières, par exemple, offre d'excellents conseils sur les façons de protéger sa maison. Le temps est venu d'agir intelligemment, collectivement et en accord avec notre territoire.