Le génie ferroviaire ne manque pas de bras qualifiés pour longtemps : selon un dossier publié par La Presse.ca le 13 octobre, les diplômés en génie qui choisissent les rails n'attendent guère avant de sauter dans le train. Le quotidien présente trois métiers méconnus de cette industrie, alors que le Québec mise gros sur le transport collectif, du REM aux projets de tramway.
Derrière chaque rame qui glisse silencieusement, il y a des ingénieures et ingénieurs qu'on ne voit jamais : celles et ceux qui pensent les matériaux de demain, qui calculent comment évacuer 500 personnes d'une station en feu, ou qui vérifient que le sol tiendra sous le gel-dégel québécois. Trois métiers, trois façons de bâtir une mobilité durable.
Écodesign : concevoir des trains qui respectent la planète
Comment fabriquer une voiture de train conforme aux normes environnementales, et la recycler en fin de vie? Voilà le pain quotidien de Leila Gougy, experte en écodesign chez Alstom, arrivée au Québec il y a sept ans. La Française cumule un diplôme en génie, une spécialisation en matériaux et développement durable, et une autre en écoconception.
« Il y a aussi toutes les normes du domaine ferroviaire auxquelles il faut pouvoir répondre. Donc même s'il y a des matériaux d'un point de vue écoconception qui seraient vraiment très intéressants, il faut aussi s'assurer qu'ils répondent à des enjeux de sécurité », explique-t-elle à La Presse.ca.
Si elle a choisi les rails, c'est par amour des trains, mais aussi pour contribuer à la lutte contre les changements climatiques. « On a une belle mission d'apporter de la mobilité durable aux usagers », dit-elle. Ses journées, entre appels d'offres, recherche-développement et travail avec les différentes équipes, ne se ressemblent jamais : « Tous les jours, on a une vague idée de ce qu'on pense faire, mais au final, parfois, il faut s'adapter et changer ses priorités. »
Sécurité incendie : prévoir les catastrophes pour les éviter
Dans le ferroviaire, un incendie peut virer à la catastrophe en quelques minutes. D'où l'importance des ingénieures en sécurité incendie comme Mathilde Girault, ingénieure séniore chez Senezco, titulaire d'un diplôme en génie civil et d'une spécialisation en sécurité incendie.
« Il y a des règles sur les trains, pour limiter leur combustibilité, mais nous, en tant qu'ingénieurs sécurité incendie, on intervient plutôt sur la partie système de l'infrastructure », précise-t-elle. Concrètement, on simule la propagation des flammes et des fumées dans les tunnels et les stations pour dimensionner la ventilation : diriger la fumée d'un côté, évacuer les voyageurs de l'autre.
Il faut aussi prévoir des cheminements sécuritaires et tenir compte de l'achalandage maximal. « Évacuer 10 personnes, ce n'est pas la même chose qu'évacuer 500 personnes. On considère toujours le rush hour, le pic du matin ou le pic du soir, avec évidemment des facteurs de sécurité », illustre l'ingénieure. Dans nos stations de métro bondées aux heures de pointe, on parle d'un travail qui sauve littéralement des vies.
Géotechnique : quand le génie rencontre la géologie
Construire une voie ferrée stable sur des sols variés, malgré les charges répétées, le gel-dégel et nos hivers, c'est l'affaire des ingénieurs en géotechnique ferroviaire. « On doit s'assurer que tout ce qu'on implante va être solide, qu'il y a le bon sol pour le rail, etc. », résume Malek Bouteldja, chef d'équipe géotechnique chez AtkinsRéalis.
« La géotechnique, c'est l'application de la géologie aux techniques de génie civil, ce n'est donc pas uniquement la géologie, c'est aussi la mécanique des sols, la mécanique de tout ce qui est infrastructure », ajoute le diplômé en génie civil, qui détient aussi une maîtrise en géotechnique.
Le travail se partage entre le terrain, où l'équipe fait des forages, des sondages et des essais, et le bureau, où des calculs de stabilité alimentent le travail des autres disciplines. « C'est un travail d'équipe, c'est un travail multidisciplinaire », insiste-t-il. Sa plus belle fierté est made in Québec : « Quand je prends le REM avec ma fille et que je repense à toutes les difficultés qu'on a surmontées, c'est très stimulant. »
Pourquoi ces métiers comptent pour le Québec
À l'heure où Ottawa et Québec investissent massivement dans le transport collectif électrifié, ces profils spécialisés deviennent des maillons essentiels de la transition. La formation en exploitation ferroviaire, qui regroupe principes fondamentaux, technologie et étude des risques liés au contact rail/roue, est d'ailleurs bien documentée dans le
