Danielle Smith défie l'indépendance judiciaire en Alberta
Les juges albertains montent au créneau. Dans une sortie publique exceptionnelle, les trois juges en chef de la province ripostent aux déclarations troublantes de la première ministre Danielle Smith, qui souhaite pouvoir « diriger » les magistrats.
Cette attaque frontale contre l'un des piliers de notre démocratie inquiète au plus haut point. Car quand un chef de gouvernement remet en question l'indépendance judiciaire, c'est tout l'équilibre démocratique qui vacille.
Une riposte judiciaire sans précédent
Dans leur déclaration commune datée de mardi, les juges en chef Dawn Pentelechuk, Kent Davidson et James Hunter rappellent une vérité fondamentale : « La démocratie ne fonctionne que lorsque les trois pouvoirs de l'État agissent de manière indépendante et respectent le rôle de chacun. »
Un message clair adressé à Mme Smith : les juges doivent pouvoir « fonder leurs décisions uniquement sur le droit et les preuves présentées », libres « de toute pression ou influence extérieure, y compris celle des gouvernements qui nous nomment ».
L'affaire Justin Bone comme prétexte
Cette sortie fait suite aux propos de la première ministre lors de son émission radiophonique samedi dernier. Questionnée sur les règles de mise en liberté sous caution dans l'affaire Justin Bone, accusé du meurtre de deux hommes en 2022 dans le quartier chinois d'Edmonton, Smith a déclaré vouloir pouvoir « donner des directives » aux juges.
Une déclaration qui fait froid dans le dos. Car si on peut comprendre l'émotion face à certaines décisions judiciaires, instrumentaliser la justice à des fins politiques relève d'une dérive autoritaire préoccupante.
Un populisme judiciaire dangereux
Depuis des mois, Danielle Smith multiplie les attaques contre les juges « activistes » et « non élus », alimentant une rhétorique populiste qui fait écho aux dérives observées ailleurs dans le monde. Elle va même jusqu'à vouloir influencer la nomination des nouveaux juges pour qu'ils « reflètent les valeurs » de son gouvernement.
Cette vision instrumentale de la justice rappelle les heures sombres de certaines démocraties où le pouvoir exécutif tentait de museler le judiciaire. Au Québec, nous savons l'importance de préserver ces contre-pouvoirs face aux dérives gouvernementales.
Un enjeu qui nous concerne tous
Si cette controverse se déroule en Alberta, elle nous interpelle directement. Car l'indépendance judiciaire constitue un rempart essentiel contre l'arbitraire, particulièrement crucial dans un système fédéral où les tensions entre paliers de gouvernement sont constantes.
La réaction mesurée du bureau de Smith, affirmant respecter « l'indépendance » judiciaire, peine à convaincre après de telles déclarations. Les mots ont un poids, surtout dans la bouche d'un premier ministre.
Cette affaire albertaine nous rappelle combien nos institutions démocratiques restent fragiles. Et combien il importe de les défendre, ici comme ailleurs au pays, contre toute tentative de récupération politique.